C’était prévisible: les propos de Pierre Gadonneix ont suscité un flot de protestations, depuis les associations de consommateurs jusqu’aux responsables politiques. Hier, 8 juillet, le PDG d’EDF a demandé une hausse de 20% des tarifs de l’électricité sur 3 ans ou plus, pour financer ses investissements.
Réactions.
L’appréciation la plus importante est celle du décideur in fine, le gouvernement. Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a pris ses distances: « Le gouvernement prendra des décisions. Il n’est absolument pas lié par les appréciations qui sont fournies par M. Gadonneix », a-t-elle dit à des journalistes lors d’un déplacement dans la Somme (propos rapportés par l’AFP). Avant de souligner (référence à Bleu ciel?) que « quand on veut des étoiles on demande la lune (…). C’est une chose qu’avec (le ministre de l’Industrie Christian) Estrosi nous examinerons ultérieurement ».
Propos plus mesurés de Bernard Accoyer, président (UMP) de l’Assemblée nationale: « l’électricité n’échappera pas à la hausse (du prix) de toutes les énergies » mais l’Etat n’autorisera jamais qu’elle soit « brutale ». Quant au président UMP de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, Patrick Ollier, il a désapprouvé la proposition.
Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a été plus précis: « EDF a des actionnaires mais elle a aussi des clients » (cf. la vidéo ci-dessous).
Réactions bien plus vives du côté du PS où Ségolène Royal qualifiait « d’irresponsable » la demande de Pierre Gadonneix : « Ce n’est pas à un président tout seul, indépendamment des consommateurs, des salariés de l’entreprise, des autorités politiques, de lancer dans la nature des chiffres qui font peur aux gens », a-t-elle martelé.
Benoît Hamon, porte-parole du PS, s’est montré beaucoup plus explicite: « Ce qui aurait été bien, c’est que M. Gadonneix n’annonce pas ça juste une fois que l’emprunt qu’il a contracté auprès des Français est clos », a t-il déclaré sur la chaîne i-Télé estimant qu’EDF faisait « preuve d’une grande hypocrisie, d’un grand cynisme (…). On fait un emprunt, on vante les mérites de l’entreprise, puis juste une fois l’emprunt passé (…) pour payer sans doute les intérêts de ceux à qui on a emprunté de l’argent, on annonce une augmentation de la facture d’électricité (…). Je ne trouve pas ça normal (…). Le consommateur va payer les intérêts pour ceux qui ont prêté de l’argent à EDF ».
A Que Choisir, Alain Bazot, président, s’est dit « un peu perplexe » devant ce qu’il estime être « une provocation (…). Nous sommes d’accord sur le fait que le tarif régulé doit être réaliste, couvrir les coûts et les capacités d’investissement, mais de là à accepter une augmentation aussi importante sans justification, il y a un pas! ».
A la CLCV, Thierry Saniez, délégué général, a estimé qu’une hausse de 20 % serait « totalement disproportionnée ». Avant de réclamer davantage de transparence sur la revalorisation des tarifs : « il ne faudrait pas que les consommateurs financent des investissements hasardeux en France, comme à l’étranger ».
Côté syndicats, la CGT des mines et de l’énergie déplore les acquisitions en dehors de l’hexagone: « Il y a un réel besoin de financement d’EDF, mais il est dû principalement aux aventures à l’étranger de l’entreprise. Si c’est pour financer des projets à l’étranger comme c’est le cas actuellement, c’est complètement inacceptable alors qu’il y a des investissements en France qui sont nécessaires ». De son côté, FO condamne « sans réserve » cette demande, à partir des mêmes griefs: « Faire payer les Français pour des investissements réalisés aux USA et en Grande Bretagne frise le scandale social et économique (…). Au moment où la crise financière touche tous les Français, où les salaires stagnent et les licenciements se multiplient, vouloir une augmentation de 20% des tarifs d’électricité sur 3 ans relève de la provocation, et conduirait à la paupérisation de la population française. »
Autre réaction, celle de Sortir du nucléaire qui a dénoncé cette « tentative de renflouement » de l’électricien, entreprise « plombée par ses investissements insensés » dans le nucléaire.
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Interview de Xavier Bertrand.