Intervenant lors des 5ème rencontres de la coissance, organisées par la Fondation pour l’innovation politique et Coe-Rexecode, Jean-Louis Borloo s’est livré à un vibrant plaidoyer du Grenelle de l’environnement, devant un auditoire pas forcément acquis aux thèses de la « croissance verte » – thème du colloque.
« La Chine a décidé d’être la première économie bas carbone du monde, a-t-il lancé. C’est ça la stratégie chinoise. C’est aussi, en partie, celle du Japon. C’est aussi celle de la France ». Pour cela, se félicite-t-il, l’hexagone s’est doté du « premier outil d’ingénierie publique du monde », à savoir le Meeddm, « un seul ministère qui gère l’ensemble de la complexité pour accomplir cette mutation » vers l’économie décarbonée. Et, à ceux qui s’inquiètent du flot de dépenses publiques du Grenelle (400 à 450 milliards d’euros), il s’écrie: « le Grenelle est contributeur net au budget de l’Etat. Le Grenelle est contributeur net à l’emploi. Citez-moi un seul article du Grenelle qui ne soit pas rentable! » Evoquant pêle-mêle l’arrivée du rail dans les infrastructures portuaires, les transports en commun dans les villes ou les prêts à taux zéro, il a estimé que le Grenelle marquait « le retour du génie français. Le génie français, c’est le mariage réussi des Arts et métiers et de la délégation de service public. Lorsque Gérard Mestrallet et Henri Proglio vont en Chine, ils vendent d’abord de la délégation de service public, ensuite un savoir-faire ». Et le « Grand emprunt » amplifiera cette politique publique de « croissance verte ».
Des propos lyriques qui n’ont pas entièrement convaincu les orateurs qui lui ont succédé. Michel Didier, président de Coe-Rexecode, a stigmatisé les déficits publics pour proposer la création d’une caisse autonome, distincte de l’Etat, garantissant que le « Grand emprunt » s’équilibre, avec des « projets productifs et rentables ». Même approche pour Rémy Prud’Homme, professeur émérite à l’université de Paris VII: « l’idée que la dépense publique crée de l’emploi ne résiste pas à deux minutes d’analyse. Sinon, comment expliquer que la France, qui est championne du monde de la dépense publique, compte encore un seul chômeur? » Il a aussi ironisé sur les technologies de demain qui lui rappellent celles d’antan, comme les voies navigables: « et, sur la ferme de mon grand-père, il y avait une éolienne. Mais c’est parce qu’il n’avait pas l’électricité! » (applaudissements dans la salle).
Quant à Christian de Perthuis, professeur à l’université de Paris-Dauphine, il s’est étonné que la France ait débattu de la taxe carbone en « oubliant » les agriculteurs et les forestiers qui sont pourtant responsables de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Et il invite à la prudence: « le prix du CO2 n’est pas le prix de l’environnement (…). Il y a toutes sortes de valeurs environnementales ». Prenant l’exemple de la gestion de la forêt tropicale, il a rappelé que « cela peut être intéressant de couper du bois dans les forêts tropicales d’un point de vue CO2. Si l’on prend en compte un autre critère, comme la biodiversité, ça change la donne. »