20% de hausse en 3 ou 4 ans? L’annonce de Pierre Gadonneix n’en finit pas de provoquer des remous. Avec, ces derniers jours, une succession d’explications de texte.
Lundi, c’est Henri Guaino, conseiller à l’Elysée et souvent présenté comme intéressé par le poste de PDG d’EDF, qui a ouvert les hostilités, remettant en cause à la fois la méthode (une annonce unilatérale dans la presse) et la politique d’acquisitions du groupe énergétique français au-delà des frontières françaises: « Ce n’est pas EDF toute seule qui décide des hausses des tarifs et, s’il est nécessaire que les tarifs reflètent les coûts de production, il serait anormal de faire payer au consommateur français des erreurs d’investissement à l’étranger ».
Mercredi matin, Pierre Gadonneix est entendu, à huis-clos, par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. A l’issue de cette audition, Patrick Ollier, son Président (UMP), continuait de juger « inacceptable » la demande d’augmentation de 20% mais faisait part d’une « marge de manoeuvre ». Le développement à l’international revenait sur la table, Daniel Paul, député (PCF), critiquant à cette occasion les investissements d’EDF en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Quant à François Brottes, député (PS) de l’Isère, il ramenait le débat dans un cadre hexagonal, soulignant que le prix bas de l’électricité permettait « justement à nos industriels de se maintenir hors de l’eau en période de crise ».
Dans l’après-midi, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, rappelle devant les députés qu’à « ce stade, aucune décision n’a été prise par le gouvernement. La commission de régulation de l’énergie n’est saisie d’aucune demande ». Elle ouvre cependant la porte à une hausse, basée sur les coûts: « la hausse tarifaire de l’électricité consommée par les Français sera basée sur les coûts supportés au titre de l’électricité en France, c’est-à-dire la distribution, la mise à niveau des équipements nécessaires et les réponses technologiques que nous pouvons apporter aux pics tarifaires ». Lors de cette même séance des questions au gouvernement, Marie-Hélène Amiable, députée (PC) des Hauts-de-Seine, demande l’organisation d’un débat national, pour s’assurer « que l’évolution des tarifs ne soit pas liée aux investissements hasardeux qu’EDF a faits à l’étranger sous la pression d’actionnaires ».
Hier, dans une lettre adressée à ses actionnaires (cliquez ici pour lire cette lettre), EDF a voulu mettre fin à cette polémique, s’attachant à chatouiller la fierté hexagonale : Cette hausse, est-il écrit, vise à « financer les investissements nécessaires en France pour répondre aux enjeux énergétiques et climatiques ». Les acquisitions à l’étranger n’y sont pour rien: « Cette demande d’un relèvement progressif des tarifs français de l’électricité est indépendante des développements récents du groupe EDF à l’international: ceux-ci trouvent leur rentabilité par eux-mêmes et le service de la dette d’acquisition est entièrement financé par les ressources que génèrent les entreprises concernées à l’international. Les hausses de tarifs financeront exclusivement des investissements en France ».
Le groupe détaille ensuite ses perspectives d’investissements, qualifiés de « massifs »: « Les investissements en France ont été multipliés entre 2004 et 2009 par 2,5, passant de 3 milliards à 7,5 milliards d’euros, alors que les tarifs n’augmentaient que de 5% et l’inflation de 9,4%. Pour soutenir et financer cet effort d’investissement dans la durée, une évolution progressive des tarifs est nécessaire ».

La suite au prochain numéro.