Efficacité énergétique et énerges renouvelables: tel est le thème retenu pour le troisième Enerpresse forum, organisé en partenariat avec l’Ademe, ce 10 juin à Paris. Extraits des débats.

Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie:
« Le seul jeu du marché ne permet pas de favoriser l’essor de l’économie verte car il ne prend pas en compte la rareté des ressources ».
Fiscalité écologique: « à l’échelle européenne, dans le cadre de la future directive Energie se discute le principe d’une contribution carbone et c’est quelque chose que nous poussons très fortement ».
« Il ne faut pas rater le train de cette future croissance (…). Les Chinois et les Américains ont été assez réticents à prendre des engagements fermes au Sommet de Copenhague. Mais ils mettent tous leurs investissements dans ce domaine. Exemple: les Chinois vont mettre en place une prime de 5.000 dollars pour l’achat de véhicules électriques. 55.000 dollars: vous imaginez ce que ça signifie dans ce pays… »
« On a raté le train de l’éolien ».
« L’Europe ne s’est pas dotée d’un programme commun pour cette filière et c’est dommage ».

Pierre-Marie Abadie, directeur de l’Energie (Meeddm)
EnR: « il faut un développement soutenable, qui tienne compte des nuisances. A chaque fois qu’on a négligé cela, ça s’est mal passé (…). La biomasse, ça pose des problèmes de pollution, le photovoltaïque pose des problèmes de surface… L’éolien pose des problèmes visuels, mais aussi d’interférences avec les radars. La procédure ICPE est adaptée, elle est à la fois souple et robuste ».
« Le développement industriel, c’est sans doute quelque chose qu’on a laissé de côté. Mais il faudra que ça devienne un enjeu pour que les citoyens, qui favorisent le développement des énergies renouvelables, par la CSPE, aient conscience qu’il y a des emplois induistriels à la clé ».
« Si vous faites de l’éolien offshore, il vous faut de grandes infrastructures portuaires ».
Sur la manifestation des pro-éoliens le 4 mai: « le paradoxe c’est qu’on s’étonne de voir un secteur manifester lorsqu’il se sent menacé. On est profondément convaincu qu’il y a une valeur ajoutée. Il faut mieux la faire connaître. La caricature de l’éolien, c’est qu’il n’y aurait pas de valeur ajoutée pour les territoires. »
« Il faut valoriser toute la filière. Il y a des emplois à créer, dans l’éolien offshore mais aussi terrestre. Il faut faire comprendre que derrière le soutien aux énergies renouvelables, il y a une politique économique ».
« On ne produit pas localement pour consommer localement (…). Il y aura des infrastructures à construire, il y aura des lignes à très haute tension à construire ».
« Il y a eu des excès dans l’éolien; au moment du démarrage, c’était un peu le Far West. Il y a eu des excès dans le photovoltaïque. Il faut des procédures! »
« Quel est l’outil le plus adapté pour les éoliennes? Je pense qu’on aurait dû passer par la procédure ICPE dès le début. Car les installations classées, ça va du garage près de chez vous à l’usine Seveso. C’est donc souple et adapté à toutes sortes d’installations. De fait, on est arrivé à la procédure des installations classées étape par étape, à force d’empilements législatifs ».
« Le sujet de l’hydraulique revient. Le petit comme le grand hydrauliques. S’y ajoute le renouvellement des concessions d’EDF qui sont arrivées à expiration. Il y a un magnifique chantier devant nous. Nous le regardons là aussi avec l’approche environnementale, pour l’acceptabilité des riverains de l’eau ».

Didier Houssin, directeur des marchés et de la sécurité énergétique (AIE)
L’opposition des partisans du nucléaire et des énergies renouvelables « est dépassée. Ce sont des débats qui sont derrière nous ».
« L’échelon local peut souvent faire plus que l’échelon national (…) notamment parce que les collectivités locales ont un contact direct avec la population. Elles peuvent mobiliser l’opinion, mobiliser les acteurs et rechercher l’adhésion de la population ».
« Il y a un lien très fort entre l’innovation et le développement des énergies renouvelables. Et ça va s’accentuer ».
« En Allemagne, le soutien aux EnR a démarré il y a plus longtemps. Ils ont mis en place une politique de soutien stable et de long terme ».
« La baril de pétrole à 150 dollars au milieu 2008 a été un déclencheur pour montrer aux responsables politiques et au grand public qu’il fallait repenser le système. Mais les politiques d’énergies renouvelables doivent être menées sur le long terme, indépendamment des cours du pétrole ».

Marie-Pierre Fauconnier, directrice générale de l’Energie (Belgique)
« La Belgique est un petit mais très imaginatif qui a compétences partagées au niveaux fédéral et régional. Tout ce qui est fiscal est de caractère fédéral. Tout ce qui est primes et incitations et de caractère régional ».
« Le bilan en termes de renouvelables est certes modeste (6%) mais notre objectif est de 13%. En optimisant un certain nombre de mesures existantes, on arriverait à 12% très vite. Je rappelle qu’il y a 5 ans, nous étions à 1,6% ».
Nucléaire: « le débat est extrêmement vif en Belgique sur cette source de production. Elle représente 55% de notre mix énergétique. »
« Nous n’avons pas la Côte-d’Azur, nous avons juste la côte belge, qui fait exactement 60 km. On ne peut pas opposer les renouvelables et le nucléaire. Nous avons besoin des deux. »
« Nous avons la volonté de développer l’éolien offshore. Pour l’onshore, c’est difficile car l’espace est limité ».
« Nous comptons sur une partie des véhicules électriques pour faire du stockage ».
« Sur le coût… c’est cher! Le certificat vert pour l’offshore est à 107 euros par mégawattheure. Comme il y a une obligation de rachat, ça passe dans les tarifs de transport (…). Ca coûte mis c’est un faux débat. Les 13%, c’est une obligation légale ».
Les opposants? « Un petit peu pour l’éolien, pas du tout pour la biomasse… Pour le nucléaire, il y a eu une volonté de démystification de cette énergie. Le nucléaire, ce n’est pas un gros mot. Ce n’est pas forcément Tchernobyl, Al Qaïda ou Hiroshima… Il y a eu aussi l’effet de la crise russo-ukrainienne qui a permis de réveiller les consciences, sur la question de la sécurité d’approvisionnement ».
« La vraie question n’est pas de savoir si on va prolonger les centrales nucléaires mais est celle de la captation de la rente. Et pour en faire quoi ».

Voir aussi: L’heure de vérité pour les ENR au Enerpresse Forum.

Photo: montage d’éolienne. Crédit: Sergies