Qui veut des millions? Les déclarations d’Henri Proglio, PDG d’EDF, évoquant le million d’emplois menacés par une sortie du nucléaire avaitent fait couler beaucoup de salive et d’encre numérique. En doublant la mise, le communiqué de l’Uniden (Union des industries utilisatrices d’énergie) devrait relancer un débat qui risquait de s’essouffler.
L’Uniden compte 37 membres qui « représentent environ 70% de la consommation énergétique industrielle en France ». Son estimation distingue « 150.000 emplois clairement menacés à court-terme », ceux de la filière, et « près de 2 millions d’emplois (…) à terme fragilisés », par des risques de délocalisation.
Le communiqué de l’Uniden
« Dans un précédent communiqué, le 9 novembre 2011, l’UNIDEN attirait l’attention sur les risques de délocalisation des productions industrielles liés à une sortie du nucléaire, dans les industries très consommatrices d’électricité.
Pour certaines en effet, le prix de l’électricité peut représenter jusqu’à 70% du coût de revient. Il constitue un critère déterminant dans les décisions d’investissement de groupes internationaux en situation de concurrence mondiale.
Le débat se poursuivant, l’UNIDEN a tenté d’estimer le nombre d’emplois qui, au sein et autour d’industries sensibles au prix de l’électricité, seraient concernés par la perte de compétitivité résultant d’une hausse de ce prix.
150 000 emplois clairement menacés à court-terme.
Les usines électro-intensives, pour lesquelles l’électricité est une véritable matière première, constituent un premier cercle extrêmement sensible au prix de l’électricité. Ces usines emploient directement 50 000 personnes en France et génèrent entre 100 000 et 120 000 emplois indirects et induits. 150 000 emplois au moins seraient donc très concrètement menacés à court terme par un dérapage des prix de l’électricité.
Plus largement, les industries très consommatrices d’électricité sont situées en amont de leurs filières respectives ; plusieurs de ces filières (acier, aluminium, autre métallurgie, chlore…) sont très fortement intégrées. Dans ces conditions, la délocalisation des productions amont impacterait de nombreux emplois à l’aval, emplois industriels mais aussi emplois de services aux industries.
In fine, près de 2 millions d’emplois seront à terme fragilisés.
L’UNIDEN a donc pris en compte, sans prétendre à l’exhaustivité, les principaux secteurs sensibles au prix de l’électricité et dont la production est en concurrence mondiale, y compris hors du périmètre de ses membres :
– métallurgie dont première transformation (397 000 emplois directs, source Direction Générale Compétitivité, Industries et Services – Bercy),
– chimie (171 500 emplois directs, source Union des Industries Chimiques),
– verre (19 500 emplois directs, source Fédération des chambres syndicales de l’industrie du verre),
– papier (15 270 emplois directs, source COPACEL, Confédération Française de l’Industrie des Papiers, Cartons et Celluloses).
L’estimation globale s’élève ainsi à plus de 600 000 emplois directs dans les principaux secteurs sensibles au prix de l’électricité.
En appliquant à ce chiffre un coefficient multiplicateur raisonnable et communément admis entre 2 et 2,33 pour obtenir les emplois indirects et induits, le nombre d’emplois concernés indirectement par la sensibilité au prix de l’électricité sera compris entre 1,2 et 1,4 million.
C’est donc au total près de 2 millions d’emplois industriels et de services qui verraient la compétitivité de leur secteur mise à mal par la sortie du nucléaire et la hausse en résultant du prix de l’électricité, et pourraient être menacés à terme en fonction du niveau et du rythme de cette hausse.
L’UNIDEN souligne à nouveau qu’il ne peut y avoir de politique industrielle sans une politique énergétique visant à l’indépendance, à la sécurité d’approvisionnement et à la maîtrise des prix de l’énergie. Sortir du nucléaire porterait un coup sévère sinon fatal à la France sur chacun de ces chapitres, et par conséquent à l’industrie française. «