La situation à la centrale de Fukushima-Daichi n’a pas connu d’évolutions spectaculaires, ce vendredi 25 mars mais semble néanmoins se dégrader à nouveau.
L’autorité de sûreté nucléaire japonaise (NISA) a en effet envisagé de relever son estimation de la gravité de l’accident, en le portant au niveau 6 – sur une échelle qui en compte 7, rejoignant ainsi l’analyse de l’ASN.
> Hier, l’ASN estimait que l’on était toujours dans une « situation précaire » pour l’ensemble de ces installations (cf. vidéo en fin d’actu). Pour le réacteur n° 1, où avait été constatée une augmentation de la température du coeur donc un « renforcement des opérations de refoidissement », l’ASN indiquait qu’il était possible que l’opérateur ait à procéder à des « décompressions volontaires de l’enceinte » (évacuations de vapeur) pour faire baisser la pression avec pour conséquence « des rejets plus importants qu’actuellement dans l’environnement ».
> Tepco indique utiliser désormais de l’eau douce et non de l’eau de mer dans le réacteur N° 1.
En outre, Tepco a indiqué que « la cuve du réacteur n° 3, « qui contient les barres de combustible, pourrait être endommagée ». Ce réacteur contient un mélange de plutonium et d’uranium, appelé MOX. Il semble que Tepco ait fait cette annonce après l’hospitalisation hier d’employés qui étaient occupés à vérifier le système de refroidissement électrique de ce réacteur. Ces personnes avaient été fortement irradiés. Selon l’Agence de sûreté nucléaire du Japon, il est possible que cela soit dû à la fuite d’importantes émanations radioactives.
> Hidehiko Nishiyama, spokesman for the governmental nuclear regulatory body, told a press conference, »At present, our monitoring data suggest the (No. 3) reactor retains certain containment functions, but there is a good chance that the reactor has been damaged. »
L’opérateur a été « sommé » d’améliorer la sécurité de ses salariés: « Nous avons ordonné des mesures correctrices à la Tepco », a déclaré Hideyuki Nishiyama, un porte-parole de l’Agence. Le gouvernement a ordonné à Tepco « d’améliorer la gestion du personnel, afin d’empêcher la répétition de ce genre d’accident », a de son côté déclaré vendredi le porte-parole Yukio Edano. Il a demandé qu’une enquête soit menée pour expliquer « comment les ouvriers ont pu être exposés aux radiations ».
Les six réacteurs sont désormais raccordés au réseau électrique. La température des réacteurs 5 et 6 est désormais stabilisée.
Tepco a estimé que les travaux de refroidisement pourraient prendre plusieurs semaines, compte tenu de la dangerosité de la situation: « Nous en sommes encore à évaluer les dégâts sur la centrale et nous ne pouvons par fixer une date à laquelle les équipements de refroidissement vont fonctionner. Cela pourrait prendre encore plus d’un mois, qui sait », a déclaré à l’AFP un porte-parole de la société.
La NISA a également reproché à l’opérateur de n’avoir pas pris de mesures de sécurité sufisantes pour protéger ses employés: « selon un porte-parole de l’Agence, « des substances radioactives ont fui du réacteur 3, qui pourrait avoir été endommagé ». Trois ouvriers, chaussés seulement de bottines en caoutchouc, ont été contaminés jeudi par une flaque d’eau très fortement radioactive lors d’une intervention dans la turbine située derrière le réacteur 3. Deux ont dû être hospitalisés avec des brûlures aux pieds. Au total, 17 ouvriers ont été exposés à des radiations supérieures à la limite autorisée depuis le 11 mars. Le gouvernement a ordonné à Tepco « d’améliorer la gestion du personnel, afin d’empêcher la répétition de ce genre d’accident », a déclaré vendredi le porte-parole Yukio Edano, demandant qu’une enquête soit menée pour expliquer « comment les ouvriers ont pu être exposés aux radiations ».
> « Une tentative d’alimentation du réacteur n°3 en eau douce a échoué, vraisemblablement en raison des conditions radiologiques d’intervention », constate l’ASN.
A lire aussi: le point de situation de l’AIEA (5h30 ce matin).
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Eau et alimentation
A leur tour, Taïwan et l’Union européenne ont mis en place des mesures de contrôle et de restriction des produits frais provenant du Japon.
Les autorités japonaises ont indiqué que l’eau était à nouveau consommable à Tokyo pour les bébés. Cependant, la population continue « de se procurer de l’eau en bouteille, une eau rationnée ».
La Chine a indiqué avoir détecté des « niveaux de radiation anormaux sur un navire marchand japonais arrivé au port de Xiamen, dans la province de Fujian, a déclaré vendredi l’autorité d’inspection sanitaire (et) deux Japonais ont été hospitalisés après leur arrivée mercredi en Chine en provenance de Tokyo sur un vol commercial parce qu’ils présentaient « un grave » taux de radioactivité, a annoncé vendredi l’administration chinoise chargée de la sécurité et de la quarantaine ».
Une bonne nouvelle cependant: la Lufthansa a annoncé la reprise de deux vols quotidiens à destination de Tokyo, jeudi 24 mars.
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Union européenne: déclaration des autorités de sûreté (Wenra)
A l’issue de leur rencontre des 22 et 23 mars 2011, les représentants des différentes « autorités de sûreté des pays d’Europe de l’Ouest (WENRA) ont décidé de mettre en place une «task force» chargée de fournir dans les meilleurs délais une définition technique indépendante de ce que serait un «stress test», et d’indiquer comment il pourrait s’appliquer aux installations nucléaires européennes. L’objectif du travail lancé est d’évaluer quelles améliorations en matière de sûreté nucléaire pourraient être apportées à la suite de l’accident de Fukushima. Les résultats de ce travail seront communiqués au Groupe européen des autorités de sûreté nucléaire (ENSREG), qui pourra s’en inspirer pour répondre aux demandes qui lui sont faites par le Conseil des Ministres de l’Union européenne et la Commission européenne ».
Cliquez:
– ici pour lire la déclaration de Wenra,
– et ici pour consulter les premières propositions relatives aux « stress tests » des centrales nucléaires.
Point presse de l’ASN du 24 mars 2011.
24.03.2011 – 10h30 – Point d’information de l’ASN par ASN_Publications