Ce mercredi 30 mars, la situation de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi semble critique. La plupart des observateurs estiment que le coeur de plusieurs réacteurs a partiellement fondu et que des fuites sont avérées. S’y ajoute la gestion de l’eau fortement radioactive résultant des opérations de refroidissement qui crée un « cercle vicieux » (AFP): faute de réservoirs suffisants, Tepco devrait la déverser dans l’environnement pour pouvoir continuer à refroidir les réacteurs. Ne pas le faire, c’est s’exposer à leur réchauffement. Une solution consisterait à affréter un tanker au large de la centrale pour évacuer l’équivalent en eau de deux piscines olympiques…
Pour Richard Lahey (General Electric) cité par The Telegraph, la bataille semble désormais perdue.
Selon Greenpeace, « dimanche TEPCo a réduit de de 17 tonnes /h à 7 t/h la quantité d’eau injectée. Dans le réacteur 2 la température a augmenté à 152°C le 29/03 ».
Tepco et les autorités japonaises ont évoqué plusieurs pistes pour limiter les radiations. Le « sarcophage » de béton, comme celui qui fut mis en place à Tchernobyl, est une « option »; le dépôt de bâches étant également cité par la presse japonaise. « L’article n’a pas précisé le matériau de fabrication de ces bâches, censées limiter les émissions radioactives. Il a ajouté en revanche que les autorités pourraient déployer des équipements d’aération destinés à éviter l’accumulation de gaz et de nouvelles explosions dans les bâtiments des réacteurs ».
Dans son point de situation diffusé hier, l’IRSN décrivait ainsi « l’état des bâtiments.
« D’importantes quantités d’eau contaminées sont répandues sur le sol des bâtiments turbine, plus particulièrement dans les bâtiments des réacteurs 2 et 3 (de l’ordre de un mètre de hauteur – voir schéma de principe ici). Sur le réacteur n°1, l’eau contaminée est actuellement pompée pour être stockée dans un réservoir.
Pour les réacteurs n°2 et 3, l’exploitant envisage de pomper l’eau très fortement contaminée vers un réservoir puis de la transférer à l’intérieur des bâtiments réacteurs (« suppression pool »). Toutefois, cette action n’est pas engagée du fait de l’absence de capacité suffisante dans le réservoir mentionné ci-dessus. Par ailleurs, des puits débouchant à l’extérieur des réacteurs 1 à 3 sont également remplis d’eau contaminée (Trench sur le schéma de principe).
L’exploitant a mis en place des blocs de béton ainsi que des sacs de sable pour prévenir un écoulement vers la mer en cas de débordement sur le réacteur n°1 car le niveau de l’eau est situé à seulement 10 cm du seuil de débordement (les puits ont plus de 15 mètres de profondeur).
Sur les réacteurs 2 et 3, le niveau d’eau est à un mètre de ce même seuil. »
Par ailleurs, le gouvernement japonais a ordonné « un contrôle urgent de tous les réacteurs nucléaires du pays, afin de s’assurer qu’ils ne rencontrent pas un jour les mêmes avaries que celles endurées par la centrale de Fukushima endommagée par le séisme du 11 mars » (AFP).
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Radioactivité
Dans de l’eau de mer prélevée à 300 mètres au sud de la centrale, un taux d’iode radioactif 3.355 fois supérieur à la norme légale a été détecté. Il est largement supérieur à celui mesuré dimanche 27 mars (un taux 1.850 fois supérieur à la norme légale).
Tepco a indiqué qu’il serait compliqué pour les personnes évacuées de la zone de 20 km autour de la centrale de regagner leur domicile dans les prochaines semaines.
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L’avenir de Tepco
La question de l’avenir économique de la société, qui a perdu près de 80% de sa valeur boursière depuis le séisme, se pose également. Ce matin, Tepco a reconnu que le démantèlement des réacteurs 1 à 4 était inévitable (le gouvernement évoque aussi celui des réacteurs 5 et 6). Et, tandis que sa nationalisation est évoquée, Tepco a affirmé que la société ferait « tous ses efforts pour rester une entreprise privée ». Son PDG est toujours hospitalisé.