Hier, la situation s’est dégradée dans la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, en raison de la présence d’une eau très fortement radioactive dans le sous-sol de la salle des machines des réacteurs n° 1, 2 et 3. Cette eau, qui se serait répandue dans des tunnels techniques, doit désormais être évacuée pour continuer les opérations de refroidissement. Encore faut-il disposer de réservoirs et permettre aux employés de faire le transvasement sans trop s’exposer aux radiations.
S’y ajoute l’annonce par l’opérateur de la découverte de plutonium 238, 239 et 240 en cinq endroits différents. Si l’Agence japonaise de sûreté nucléaire a indiqué que les niveaux mesurés étaient sans danger pour la santé humaine, elle a cependant fait part de son pessimisme: « cela veut dire que le mécanisme de confinement est rompu, de sorte que je pense que la situation est inquiétante », estime Hideko Nishiyama, cité par Reuters.
Le quotidien Les Echos estime que deux réacteurs sont à présent hors contrôle, dans la centrale nucléaire japonaise. « Deux faits paraissent donc acquis. Les cœurs des trois réacteurs sont au moins partiellement fondus et une et peut-être deux enceintes laissent échapper des produits de fission vers l’extérieur. Ces menaces ont été confirmées par la présence de flaques d’eau fortement radioactives et la découverte de traces de plutonium dans cinq points différents du site. Les niveaux de radioactivité relevés, 1.000 mSv/h près du réacteur 2 et 750 mSv/h à proximité du réacteur 3, rendent les interventions humaines centrales limitées à quelques minutes ».
Pour le quotidien économique, l’absence d’un système de pompage pérenne et le fait que l’instrumentation fasse toujours défaut « font craindre le pire », c’est-à-dire le déversement d’une partie du combustible nucléaire « dans le sol. Outre l’uranium 235 et 238, les pastilles de combustible partiellement usées contiennent de très nombreux produits de fission très contaminants : plutonium 239, technécium 99, zirconium 93, iode 129.. . Certains de ces radioélements ont des durées de vie très longues : 24. 000 ans pour le plutonium et 15 millions d’années pour l’iode 129 ».
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Interrogé par Le Nouvel Observateur, Bertrand Barré, conseiller scientifique chez Areva, considère « que le processus de fusion totale ou partielle du combustible dans les réacteurs 1, 2, 3 et 4 est avéré ». La forte augmentation des émissions radioactives sur le site « oblige à réduire le personnel exposé sur place et donc à réduire le travail de refroidissement du cœur du réacteur. Nous sommes donc dans une situation très critique ». Au moment où les critiques se déchaînent sur Tepco, il dédouane l’opérateur: « Je dois pourtant dire que, depuis le début de cette crise, les Japonais n’ont fait apparemment aucune erreur. Ils ont entrepris tout ce qui devait l’être en temps et en heure (…) Il faut reconnaître que l’impératif premier des autorités japonaises, c’est d’abord de maîtriser la crise et pas forcément de remporter un concours international de communication. »
Le Premier ministre japonais Naoto Kan a indiqué qu’il étudiait « l’hypothèse d’une évacuation totale dans un rayon de 30 km, ce qui entraînerait le départ de 130.000 habitants, en plus des 70.000 qui ont déjà quitté la zone de 20 km. Jusque-là, ces 130.000 personnes se sont seulement vu conseiller de partir, sans qu’il y ait eu obligation ».
Pour les agriculteurs japonais, l’addition risque d’être lourde, avec un manque à gagner « d’autant plus lourd pour les maraîchers nippons que la réputation d’excellence de leurs produits leur permettait de vendre leur production à bon prix, au Japon comme à l’étranger ».