Pas de centrale en Basse-Automne (Oise) et l’Association de défense contre la pollution de Sarreguemines et environs (Moselle) ont rendue publique une étude réalisée par le bureau Horizons consacrée au développement des projets de centrales à cycle combiné gaz. La première association s’oppose au projet de centrale électrique à Verberie, tandis que la seconde refuse la centrale électrique au gaz prévue à Hambach. les deux projets sont portés par Direct énergie.
Soulignant que le débat public se focalise aujourd’hui sur la relance du nucléaire à Flamanville et Penly ou la croissance du parc éolien, le bureau Horizons indique qu’il convient de ne pas négliger « une autre évolution très importante, à savoir le développement sans précédent de centrales dites à cycle combiné au gaz ». A ce jour, 13 centrales thermiques au gaz sont autorisées et « deux autres pourraient suivre cette année » (« les pouvoirs publics étudient actuellement l’opportunité de construire deux nouvelles centrales supplémentaires à l’horizon 2013, à la demande de l’opérateur privé Direct énergie »). Le bureau Horizons indique que la production d’électricité à partir du gaz naturel se développe davantage que celle de l’éolien et que « l’ensemble des centrales au gaz déjà autorisées par les pouvoirs publics développera en 2014 une puissance équivalente à 4 nouveaux réacteurs EPR ». Pour les auteurs de l’étude, outre que cela « excède très largement le strict besoin de remplacement des centrales au charbon dont la fermeture est prévue à l’horizon 2015 », ces projets ne correspondent « à aucun besoin prévisible à ce stade ». Avant d’enfoncer le clou: « à noter que la production électrique à partir du gaz naturel est la seule à dépasser significativement les prévisionnels de la Programmation pIuriannuelle des investissements (PPI) ».
Trois autres arguments étayent la démonstration: les besoins en « pointe », les capacités des réseaux de transport, le risque de surproduction.
Les besoins d’électricité de « pointe »
« Aucune puissance supplémentaire n’est requise à l’horizon de 5 ans » pour satisfaire aux besoins de la demande en période de pointe. Et le bureau Horizons se montre sceptique quant aux capacités des centrales à gaz pour faire face à ces besoins: » la capacité d’une centrale au gaz à satisfaire un besoin en pointe n’est pas démontrée, sauf à être installée à proximité d’un stockage de gaz en cavité saline ou d’un terminal GNL (gaz naturel liquéfié) ».
Risque de surproduction?
Estimant que le « développement du parc de centrales au-delà des prévisions de la PPI créerait naturellement un contexte de surproduction », le bureau Horizons en déduit plusieurs conséquences: croissance de la consommation (et donc mise à mal des politiques de MDE), mise en concurrence directe avec les autres moyens de production (ce qui toucherait en premier lieu l’éolien), non respect des objectifs nationaux de réduction des émissions de CO2. Ici, l’étude rappelle que le gaz naturel reste « une énergie fossile, c’est-à-dire émettrice de gaz à effet de serre et non renouvelable ».
Les capacités des réseaux de transport
Enfin, l’étude souligne les risques de congestion du réseau gazier, ou de surcoûts à la charge de l’ensemble de ses usagers, qui résulteraient de la réalisation de ces projets. Indiquant que « ces questions sont actuellement mises à l’étude par la Commission de régulation de l’énergie ».
En conclusion, les auteurs de l’étude et les deux associations d’opposants en appellent à un arbitrage politique qui conduirait à un parc plus limité et « reviendrait concrètement à amender le principe de la liberté d’établissement au titre de la loi électrique, accordée jusqu’ici par principe à tous les nouveaux projets de centrales électriques au gaz ».
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Crédit photo: opposants à la centrale d’Hambach (Association de défense contre la pollution de Sarreguemines et environs)