Oubliée la déroute des Bleus en coupe du monde. Ignorée l’affaire Zahia-Ribéry. Négligé le duel Contador-Schleck. Ce matin, à la une de l’Equipe, comme de tous les quotidiens et sites web qui se respectent, il n’y en avait que pour le rapport Roussely. Car la publication hier en fin de journée d’une synthèse de ce document consacré à l’avenir de la filière nucléaire française, suscite un torrent de commentaires.
Par la voix d’un porte-parole, Areva a affirmé « se réjouir » des propositions formulées, estimant qu’elles « confirmaient la stratégie du groupe », qu’il s’agisse de l’augmentation de capital ou de l’élargissement de la gamme.
Au Parti socialiste, Benoît Hamon a estimé affiché sa satisfaction au regard de l’entrée potentielle au capital d’Areva: « tout ce qui permet aujourd’hui à l’industrie française d’être mieux organisée, de créer de l’emploi, d’être plus compétitive, est utile », a-t-il fait savoir sur France 2. Benoît Hamon a fait le parallèle avec « l’échec retentissant des centrales nucléaires d’Abou Dhabi« , soulignant qu’il était « important que sur une filière où (la France) reste leader dans le monde on soit mieux organisé et que l’on puisse organiser des champions industriels ».
Interrogée à la sortie du Conseil des Ministres, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a affiché la nécessité d’un accord stratégique entre EDF et Areva, rappelant elle aussi l’échec d’Abu Dhabi: « il faut impérativement que nos deux grands champions du nucléaire s’entendent (…). Il doit y avoir un partenariat stratégique chaque fois que c’est nécessaire, à l’export en particulier, pour avoir un chef de file dans ces grandes opérations ». Christine Lagarde a ouvert la porte à des participations d’autres entreprises, citant « Mitsubishi, qui est un partenaire de longue date d’Areva, qui est prêt », et aussi « des investisseurs du Golfe, le Qatar, le Koweït, qui sont là aussi en négociations ».
En revanche, Ladislas Poniatowski, sénateur (UMP) de l’Eure, a fait part de ses doutes quant au renforcement* d’EDF au capital d’Areva: « Je ne comprends pas l’utilité de demander à EDF de rentrer au capital d’Areva », a -t-il déclaré à l’AFP. Il s’est en revanche favorable à une augmentation de capital du fabricant de centrales nucléaires: «  »Qu’Areva ait besoin d’une augmentation de capital c’est indéniable (…), mais que ce soit EDF qui rentre, je pose la question: pourquoi? A quoi ça sert? ». Ladislas. Poniatowski a souligné qu’EDF était une « entreprise beaucoup trop endettée, qui est en train de s’efforcer de diminuer son endettement ». En termes de stratégie, il ne voit pas davantage l’utilité d’une telle alliance: « si c’est une manière de demander qu’EDF ait son mot à dire sur les stratégies de développement d’Areva, il n’y a pas besoin: l’Etat est actionnaire très majoritaire de l’un et de l’autre, c’est à l’Etat d’assumer son rôle d’actionnaire ». Faire d’EDF un actionnaire d’Areva pourrait aussi placer cette dernière « en porte-à-faux vis-à-vis de ses clients autres qu’EDF », précise l’AFP. « J’espère sincèrement que cette proposition n’aura pas de suite, j’espère qu’EDF mettra son argent ailleurs ». Enfin, il regrette que le Gouvernement n’ait pas repris dans ses objectifs la création d’un ministère ou un secrétariat d’Etat à l’Energie, comme le préconise le rapport Roussely.
Dans un communiqué, le syndicat FO a fait part de « son accord sur le renforcement du rôle de l’Etat et d’EDF, (de) la volonté des pouvoirs publics d’instituer un partenariat stratégique entre EDF et AREVA ainsi que la certification du réacteur ATMEA ». Pour le syndicat, qui demande audience à Jean-Louis Borloo, « EDF doit rester le seul exploitant en France du nucléaire pour des raisons évidentes de sûreté ».

A la bourse de Paris, Areva progresse de 4,10 %, à 353,95 euros, ce mercredi 28 juillet vers 15h15.

Si vous n’avez pas encore lu le rapport Roussely, ce qui semble inconcevable même (surtout?) sur la plage, cliquez ici pour le télécharger.

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* EDF détient 2,4% du capital d’Areva.