Etre salarié d’EDF, ça ne doit pas être de tout repos en ce moment. Essayons d’imaginer quelques moments de la vie de Marcel B., agent bleu ciel.
Dans le RER qui mène à la Défense, il croise Alfred. Lequel sort, triomphant, le projet de loi Nomé, version V12. Il a planché dessus toute la nuit.
« Mon pauvre Alfred, on trouve cette version, partout sur le net! »
Et, dans l’ascenseur, rejoints par Odette, ils commentent le fait du jour:
– « Paraît que Proglio a dit aux députés qu’il était opposé à Nomé!
– C’est du bluff! Il n’est pas encore nommé et il s’oppose déjà à son patron?
– Son patron?
– Ben oui, t’as lu la lettre de François Fillon, non?
– Pfff… Le vrai patron, c’est Bruxelles de toutes façons…
– Ce qui est drôle, c’est ce qu’a dit le député Ump, euh… attends, comment il s’appelle…
– Tardy? Celui qui a dit: «Petit à petit, il passera la main. Il fera Veolia le dimanche et le reste de la semaine à EDF»? »
Rires. Les portes s’ouvrent, Marcel sort de l’ascenseur, il croise Edmond, syndiqué à la CFDT.
« -Tu as entendu ce qu’a dit Chérèque? «Comment se fait-il que personne ne réagit au fait que M. Proglio va devenir patron de deux entreprises du CAC 40? C’est une première mondiale».
– Oui, oui, j’ai entendu mais tu sais, Bayrou dit la même chose depuis dimanche… Il dit même qu’EDF va racheter les dettes de Veolia… »
Marcel entre dans son bureau, consulte ses mails. A 9h13, une « alerte google » tombe dans la messagerie: EDF under pressure to pull out of US venture, nous dit le Financial times. On clique sur le lien et, bon an(glais) mal an(glais), on déchiffre l’article. La France se demanderait si EDF n’a pas intérêt à concentrer ses efforts et ses investissements sur le marché européen: « It could still win contracts in the US (as an operator or builder of power stations) and it is not a stupid idea to make EDF a European leader. » (« EDF pourrait continuer de gagner des contrats aux Etats-Unis (comme opérateur ou constructeur de centrales), et l’idée de faire de lui un leader européen n’est pas idiote »), commente un haut fonctionnaire (one senior civil servant) cité par le quotidien.
Dans la foulée, un analyste de Natixis (il y a toujours un analyste de Natixis quelque part) indique à la presse française que cette perspective ne devrait pas avoir d’impact sur le cours de l’action EDF (+0,31%, vers 10h25). Ouf!
Notre salarié EDF se souvient donc qu’il est aussi actionnaire. Il est temps d’immobiliser ses actions pour assister à l’Assemblée générale du 5 novembre. Un autre mail surgit: « Henri Proglio va abandonner tous ses stock-options une fois nommé patron d’EDF« .
« Facile, se dit Marcel. Ces stocks-options n’ont quasiment plus de valeur vu leur prix d’exercice, largement supérieur au cours actuel de Veolia… »
Il se souvient qu’à GDF Suez, les salariés ont des stock-options. Il pense un instant au choc des cultures, à Bruxelles, aux « hommes au service des hommes », à 1946, à l’unbundling, à 2009.
Ensuite? ensuite, il est temps d’aller prendre un café. S’y trouve un représentant de la CGT qui distribue un tract invitant à se montrer solidaire des quatre agents licenciés en Midi-Pyrénées en participant à la manifestation prévue avant cette fameuse AG du 5 novembre…
– « Mais… mais… c’est la distrib' », bredouille-t-il.
– « Solidaire! », lui répond-on.
Marcel B. boit son café, pensif. Pour se détendre, il va jeter un oeil sur énergie2007.
Et, à l’heure où Marcel songe à la cantine, une dépêche tombe: « Le gouvernement français, qui a donné son accord au rachat par EDF des activités nucléaires de Constellation, n’a pas changé de position sur la question ».