Après la remise en séance de concertation du rapport Charpin-Trink, qui avait été diffusé deux jours auparavant, les professionnels de la filière photovoltaïque ont confié hier leur inquiétude à la presse.
Interrogé par l’AFP, André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), a indiqué qu’il était « «sur ses gardes», redoutant «qu’on baisse les tarifs (de rachat de l’électricité solaire) d’une façon drastique qui condamnerait les entreprises» ». De son côté, Richard Loyen, délégué général d’Enerplan (association professionnelle de l’énergie solaire), a dit avoir « un peu l’impression que la concertation était un habillage à la marge de décisions déjà prises en amont (…). Je crains qu’on fasse entrer la filière dans un étouffoir qui soit mortifère pour le secteur ».
D’autres représentants de la filière, sollicités par Le Moniteur, partagent ces inquiétudes. Ainsi, pour Raphaël Claustre, directeur du Comité de liaison des énergies renouvelables, « les participants se sont accordés à dire que le rapport reflète bien les débats, mais ne va pas assez loin, en ne faisant pas de recommandations explicites ou en montrant insuffisamment les scénarios alternatifs proposés ». Quant à Marc Jedliszka, directeur de l’association Hespul, il indique que « Monsieur Charpin (a laissé) entendre que l’administration (DGEC) est déjà, avant même que le rapport sur la concertation n’ait été remis aux ministres, en train de rédiger les textes de loi ». Ce qui voudrait dire que le rapport « devrait simplement évoluer à la marge et être finalisé lundi ».
Le Moniteur évoque le calendrier des décisions: audition des auteurs du rapport par la commission économique du parlement avant sa remise définitive aux ministres concernés. « Les textes de loi sortiraient avant le 9 mars 2011 », comme l’a récemment indiqué Benoist Apparu.
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Et aussi
En parallèle à la réunion de concertation, une manifestation a réuni environ 300 professionnels du secteur, hier vendredi 11 février. Selon Raphaël Claustre, ces manifestants « ont gêné l’entrée et fait entendre leurs cornes de brume jusque dans la salle ». Via Twitter, des photos (ici et là) de la manifestation sont visibles (cf. notre illustration).
> Cf. ci-après la vidéo de l’arrivée chahutée de Paris Mouratoglou, président d’EDF énergies nouvelles.
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Et encore
ERDF a rédigé ses « commentaires » sur le projet de rapport de concertation avec les acteurs concernés par le développement de la filière photovoltaïque. Dans ce document, consultable ici, le gestionnaire du réseau de distribution fait part d’une appréciation « opposée » du risque d’engorgement:
« Les délais de traitement d’ERDF sont impactés par tout phénomène de bulle ou d’emballement, comme on a pu le voir au mois d’août 2010. Le système évoqué ci-dessus nous invite à établir la PTF, suite à la demande déposée par le producteur, sans que ce dernier ne connaisse le tarif d’obligation d’achat dont il bénéficiera : le risque est que le volume de devis demandés soit très largement supérieur au volume de projets qui iront effectivement à bonne fin une fois le tarif attribué. Autrement dit le risque est d’avoir un taux de chute élevé, avec saturation de nos circuits d’études, en comparaison d’un mécanisme qui attribuerait le tarif plus en amont, lors de la demande de raccordement, et qui permettrait au producteur de lancer le raccordement avec une maîtrise plus assurée des équilibres financiers de son projet. Il faut noter que l’incertitude financière qu’a le producteur sur le coût du raccordement (a priori basse tension pour ces affaires ne relevant pas des appels d’offres), avant que nous lui établissions la PTF, reste très limitée : d’une part parce que le coût du raccordement se limite à quelques pourcents du coût global de son projet, d’autre part parce que la variabilité pèse surtout sur les coûts de renforcement qui sont à notre charge ».
Sur les délais de raccordement, ERDF estime que « la question des délais et des retards mérite d’être précisée :
– Pour les 600 MW raccordés par ERDF en 2010, les délais moyens (depuis le dépôt de la demande) ont été de 5 mois pour le domestique, 11 mois pour les installations basse tension supérieures à 36 kVA, 14 mois pour les installations HTA.
– nos procédures propres ont déjà connu plusieurs étapes de simplification, après concertation avec les représentants des producteurs.
– les procédures externes s’imposent à nous. Le cas extrême (et marginal pour le photovoltaïque, plus courant pour l’éolien) se présente lorsqu’il est nécessaire de construire un poste de transformation nous raccordant au réseau de RTE, ce qui impose 2 années de procédure liées à l’enquête d’utilité publique.
– le réseau français a des capacités d’accueil limitées, en particulier lorsqu’on s’éloigne des zones de consommation : il est rapidement nécessaire de modifier et renforcer le réseau pour accueillir un producteur, ce qui demande des délais d’étude d’abord, et ensuite de travaux. La situation est à l’évidence différente en Allemagne, où le réseau permettait plus aisément de greffer des GW de production photovoltaïque. Depuis des décennies, nous avons développé ce réseau à partir des besoins des consommateurs, en le dimensionnant au mieux au bénéfice du pouvoir d’achat du particulier ou de la compétitivité des entreprises (le tarif réseau en Allemagne est 50 % supérieur au notre).
– 90 % de nos retards de PTF le 2 décembre concernent des demandes reçues au mois d’août: sur ce seul mois d’août 2010, les gestionnaires de réseaux ont dû recevoir plus de 2000 MW de demandes de raccordement (1000 MW pour ce qui nous concerne), soit environ 50 fois ce qui était implicitement annoncé par Grenelle (5400 MW en 2020 correspond peu ou prou à un rythme mensuel de 40 MW). Le délai de réponse à de tels emballements ne se régule pas par des pénalités, nous avons besoin de visibilité, le réseau est une infrastructure qui demande moyens et compétences spécifiques, qui ne peuvent être redimensionnés dans une extrême urgence.
– la phase réalisation des raccordements, que certains proposent d’ouvrir à de nouveaux intervenants, est un moment limité du processus ; la maîtrise que nous en avons est notamment la contrepartie de la responsabilité que nous portons sur l’exploitation qui suit des ouvrages concernés sur des décennies. » ».
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Sans oublier
Selon Batiactu, la société d’économie mixte d’aménagement de l’Est de Paris « vient de déposer un recours en annulation à l’encontre du décret du 9 décembre 2010 suspendant l’obligation d’achat de l’électricité ». La SEMAEST est en charge du projet de la ZAC Pajol, à Paris. Elle a choisi en novembre dernier 2009, Dalkia « pour installer et exploiter pendant 20 ans, une centrale photovoltaïque de 3.500 m² (…). Il s’agira de la première installation en centre urbain dense sur le territoire ».
A suivre
Lundi 14 février, Enerplan organise une conférence de presse pour une Saint-Valentin vraisemblablement morose.
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Voir aussi:
– 10 février: pré-rapport Charpin-Trink: analyse du SER,
– 9 février: publication du (projet de) rapport Charpin-Trink.
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