Dans le nucléaire, on est rarement petits bras. En Belgique, le gouvernement demande à GDF Suez, propriétaire de l’électricien belge Electrabel, de s’assortir d’une contribution de 500 millions d’euros (et de confirmer celle de 250 millions d’euros, versée au titre de 2008). Selon le gouvernement, les centrales nucléaires belges, amorties depuis longtemps, dégagent d’importants bénéfices, lesquels devraient profiter au pays et contribuer au budget de l’Etat.
En 2009, le montant en jeu s’élève à 500 millions d’euros : il se répartir entre une taxe de 250 millions d’euros et une contribution de 250 millions d’euros à un fonds pour l’énergie renouvelable. Cette contribution intervient au moment où, mardi 13 octobre, la Belgique a décidé de reporter à 2025 la fermeture de trois réacteurs nucléaires en contrepartie d’une nouvelle contribution des producteurs d’électricité (entre 215 et 245 millions d’euros par an de 2010 à 2014). En contrepartie, le projet d’acheteur unique, porté par Paul Magnette, ministre de l’Energie, a disparu*.
En 2008, GDF Suez s’était acquitté d’une taxe de 250 millions d’euros imposée au secteur nucléaire tout en la contestant devant la Cour constitutionnelle. Jeudi 15 octobre, Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, a fait savoir que son groupe ne s’acquitterait pas de cette taxe: « ce ne sera pas 500 millions d’euros, mais zéro », a-t-il déclaré devant la presse.
Dimanche, sur RTBF, Didier Reynders, ministre fédéral des Finances, a fait savoir que GDF Suez devait « respecter » l’Etat fédéral: « Quand on négocie avec un Etat, il faut le respecter » et agité la menace d’une loi: « il y aura des mesures à prendre pour un paiement en 2009 (…). Soit il y aura un accord, ce qui serait plus simple, sinon il y aura une loi qui prévoira ce mécanisme ». En parallèle, Laurette Onkelinx, ministre des Affaires sociales et de la santé, a « sommé » le groupe énergétique de signer « pour jeudi » un accord. Qualifiant les propos de Gérard Mestrallet « d’inacceptables », le gouvernement belge, qui a fait face à une fronde parlementaire l’accusant d’être « l’otage » du groupe français, n’entend pas renoncer à sa cagnotte nucléaire de 750 millions d’euros.

* Cet acheteur public de l’électricité d’origine nucléaire était censé la revendre aux fournisseurs ou aux gestionnaires de réseaux de distribution: « La création d’un acheteur unique était une des pistes pour capter la rente nucléaire. Mais à partir du moment où il est prévu la mise en place d’un comité de suivi qui sera chargé de cette tâche, l’idée d’un acheteur unique de l’électricité nucléaire ne se justifie plus », a expliqué la porte-parole du ministre à RTBF.

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Dans accordé ce lundi à Libération, Gérard Mestrallet a déclaré que les tarifs régulés de l’électricité devaient être « suffisamment élevés » pour assurer une réelle concurrence sur le marché français, sous peine de voir EDF se retrouver en situation de monopole. Il plaide aussi pour que les concurrents d’EDF puissent accéder à un juste prix à l’énergie nucléaire produite. Il a enfin fait savoir que GDF Suez ne se satisfaisait pas de la version actuelle de la taxe carbone, à la veille du débat budgétaire à l’Assemblée nationale.