C’est la déclaration politique du week-end. En affirmant que dimanche sur BFM TV que « le nucléaire est une filière d’avenir » tout en reconnaissant qu’il fallait qu’il soit « rééquilibré », Arnaud Montebourg a déclenché un joli buzz. Hier l’éolien ou les panneaux solaires chinois, aujourd’hui le gaz de schiste ou le nucléaire.
EELV a rapidement réagi à ces propos, par la voix de Jean-Philippe Magnen, son porte-parole: « Le président a annoncé un grand débat national sur l’énergie. Il a pris un certains nombres d’engagements de réduire la part du nucléaire », a-t-il indiqué à l’AFP. Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale a, lui, dénoncé « une profession de foi en décalage total avec la réalité », estimant que « partout dans le monde (…) le nucléaire est en déclin », les Etats considérant « aujourd’hui que les risques et les coûts liés à cette énergie dépassent largement ses avantages supposés (…). Le redressement productif ne passe pas par l’acharnement thérapeutique sur des technologies dépassées (…). La filière nucléaire doit préparer son avenir: le démantèlement ». Quant à Noël Mamère (sur Europe 1), il voit dans les propos d’Arnaud Montebourg une « provocation », nuisible à l’accord de gouvernement entre EELV et le Parti socialiste: « s’il n’y a pas d’explication et s’il n’y a pas de remise en cause des déclarations de M. Montebourg, nous serons en droit, nous, écologistes, de nous interroger sur la validité des accords que nous avons passés dans cette majorité ».
L’association Greenpeace a déploré les propos d’Arnaud Montebourg, y voyant « une cacophonie typique de la méthode Hollande », faisant le lien avec les récentes déclarations sur les gaz de schiste: « ces dernières semaines, les ministres du gouvernement Ayrault ont pris successivement la parole sur les sujets énergétiques, affirmant tout et son contraire, sans qu’aucune ligne politique claire ne puisse être identifiée et en ajoutant de la confusion à la répartition des rôles et des portefeuilles. » L’association écologiste fustige un « nouveau chiffon rouge en amont de la conférence environnementale », à laquelle sa participation n’est pas établie: « Greenpeace continue de s’interroger sur la crédibilité de cette conférence environnementale et sur l’intérêt d’y participer ».
Interrogé ce 27 août par Europe 1, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a confirmé les propos du ministre du Redressement productif (« c’est une filière d’avenir, incontestablement ») « tout en rappelant les engagements de François Hollande en matière de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% d’ici à 2025. » Laurence Rossignol a également apporté son soutien dans une déclaration à l’AFP: « le gouvernement doit à la fois conduire la transition énergétique et le redressement industriel. Et ces deux objectifs ne sont pas contradictoires, bien au contraire (…). La transition énergétique crée des activités et des emplois nouveaux. Pour le mix énergétique, le président de la République a fixé la feuille de route: 50% de nucléaire dans notre production d’électricité en 2025. Il est dès lors évident que la filière industrielle nucléaire doit continuer d’être une filière d’excellence ».
Enfin, Corinne Lepage, présidente de Cap21, a appelé Arnaud Montebourg à être « logique » et à arrêter « de faire la promotion du nucléaire ». Dans une tribune publiée sur Rue 89, elle a dénoncé le rôle du chauffage électrique, qu’elle estime entrer en contradiction avec l’objectif affiché d’une tarification progressive: « le prix de l’électricité devrait être revisité de manière à ce que les besoins de base puissent être satisfaits à des tarifs très faibles, qui augmenteraient en fonction de l’importance de la consommation. Sauf qu’une telle politique est impossible dans un pays qui a dopé et continue à doper le chauffage électrique. » Elle a également dénoncé l’approche française des «smarts grids»: « les seuls compteurs aujourd’hui proposés aux Français, à savoir le compteur Linky, sont une escroquerie dans la mesure où leur objectif n’est pas du tout de réduire la consommation énergétique des usagers mais de faciliter la gestion de pointe d’EDF. De plus, ces compteurs, qui devaient être pris en charge par EDF à l’origine, seront en réalité payés par les usagers. » Enfin, elle estime que « la poursuite d’Astrid démontre à l’évidence la volonté du gouvernement de s’engager dans la voie du quatrième générateur et donc de continuer le programme nucléaire, cependant que la poursuite de Flamanville lance l’EPR en France alors même qu’un seul EPR n’a aucun sens sur le plan industriel et économique. »
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Actualisé 16h30
Dans un communiqué, Aymar de Germay, secrétaire national chargé de l’Energie et de l’Environnement au Nouveau Centre, s’est en revanche félicité que le Gouvernement sorte « enfin de l’ambiguïté sur le nucléaire ». Pour le parti centriste, il faut sortir des « doux rêves » et définir les « véritables enjeux », ceux d’un mix énergétique combinant « un effort plus important à la recherche sur les énergies renouvelables », l’amplification des « efforts en terme de maîtrise de la consommation énergétique dans le bâti », mais aussi le renouvellement du parc nucléaire: « on ne doit pas cacher également aux Français les enjeux liés à la sécurisation du parc nucléaire, mais aussi à la construction de nouveaux réacteurs ; 21 réacteurs ayant aujourd’hui plus de 30 ans d’activité. »