A l’issue d’une audition, non publique et qui ne fera pas l’objet d’un compte-rendu, plusieurs députés ont communiqué à la presse (en l’occurrence Reuters, qui a compté les 12 coups de minuit) des éléments de leur conversation avec Henri Proglio.

Actualisé à 15 heures (avec l’article du Monde)

Nucléaire
Selon Le Monde, « le futur patron d’EDF s’inquiète du taux de disponibilité moyen du parc nucléaire français et prône un « effort considérable » pour redresser la barre. Car ce taux n’a cessé de baisser ces dernières années pour tomber à 79 %, alors qu’il est de l’ordre de 90 % pour certaines centrales américaines et les réacteurs belges d’Electrabel (GDF Suez). Or 1 % de baisse entraîne une perte annuelle de 300 millions d’euros pour le groupe ainsi qu’une réduction de ses capacités d’exportation.

International
S’agissant des récentes acquisisions à l’étranger (Constellation aux Etats-Unis, British Energy au Royaume-Uni), Henri Proglio aurait « dit que, pour l’Angleterre, il fallait le faire mais que c’était trop cher. Pour les Etats-Unis, il a dit qu’il n’était pas sûr qu’il fallait le faire », a fait savoir à l’agence Reuters, « un député qui n’a pas souhaité être nommé ». Ce même député indique à Reuters qu’Henri Proglio n’entend pas renoncer à l’opération Constellation. Mais, selon Le Monde, « il serait partisan de trouver une porte de sortie ».

Concurrence
Ce même député anonyme poursuit, pour Reuters: « Il a émis des doutes sur les suites que l’on pouvait donner aux recommandations Champsaur ». Henri Proglio douterait de « l’opportunité de laisser les concurrents d’EDF s’approvisionner en électricité nucléaire produite par le groupe à son prix de revient ». Selon Le Monde, Henri Proglio « est opposé à la loi en préparation sur l’électricité ».

Gouvernance
Sur la question de la double casquette (Veolia et EDF), Patrick Ollier, président (UMP) de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, a déclaré : « On n’est pas dans un conflit d’intérêts mais dans un cumul de responsabilités (…). Le fait de rester dans une position non exécutive chez Veolia, pour ne pas traumatiser l’entreprise, pour éviter que le passage se fasse trop brutalement, pendant une certaine période, ne me semble pas gênant du tout. » Aucune fusion entre les deux entreprises n’est envisagée. Mais, selon plusieurs députés, Henri Proglio a cependant évoqué des « synergies à l’international » entre EDF et Veolia.
De son côté, François Brottes, député (PS) de l’Isère, dit avoir « cru comprendre que ce bicéphalisme avait peut-être une dimension transitoire ».

Développement
Selon Le Monde, « inquiet du retard pris, M. Proglio a indiqué aux députés qu’il va amplifier le plan de formation des ingénieurs, des cadres et des techniciens afin de répondre à une demande nucléaire croissante ». Il prône la diversification, estimant que « l’EPR est surdimensionné par rapport aux besoins et aux réseaux électriques de certains pays. Cela pourrait compromettre l’obtention du contrat géant d’Abou Dhabi (de six à dix réacteurs), qui profiterait alors à l’américain General Electric et au consortium coréen, les deux concurrents du consortium français GDF Suez-Areva-Total épaulé par EDF. M. Proglio pense qu’EDF doit élargir sa gamme et proposer des réacteurs de moyenne puissance. Il faut aussi, selon lui, que l' »architecte-ensemblier » EDF renforce sa capacité exportatrice dans le thermique et l’hydraulique, où le potentiel est énorme dans les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Turquie…) ».