Nous reproduisons ci-après le discours prononcé par Pierre Gadonneix, PDG d’EDF, lors du congrès de la FNCCR à Annecy, le 22 septembre 2009.
« Monsieur le Président de la FNCCR, Xavier Pintat,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,
Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui, comme il y a trois ans à Bordeaux, pour évoquer les orientations stratégiques d’EDF, le service public, les perspectives des différentes entités du Groupe et les enjeux territoriaux dans un nouveau contexte.
Ce congrès est un temps fort de la relation contractuelle qui nous relie, EDF et ERDF, à chaque concédant. C’est un moment d’échanges privilégié sur beaucoup de thèmes qui nous sont communs : la solidarité, le contrat de concession, le service public… C’est pourquoi nous attachons une importance toute particulière à cette manifestation.
1. Depuis 2006, le monde de l’énergie a beaucoup changé.
Trois enjeux incontournables se sont imposés dans le débat public : la sécurité d’approvisionnement en énergie, la lutte contre le changement climatique et l’accès à l’énergie.
Face à ces enjeux, la France dispose grâce à EDF de plusieurs atouts majeurs :
D’abord son patrimoine industriel et humain sans équivalent, qui lui permet de produire en France une électricité à 95% sans émissions de CO2 : pour préserver cet avantage, nous entrons dans une nouvelle phase d’investissements de maintenance et de prolongation de la durée de vie du parc de production.
Ensuite, ses compétences pour exploiter et développer l’énergie nucléaire : nous projetons de mettre en service 10 EPR dans le monde d’ici 2020 pour en faire la technologie de référence.
Cette expérience sera indispensable pour entretenir nos compétences et être prêts au moment où il faudra renouveler l’ensemble du parc nucléaire français.
Enfin, EDF s’engage dans le développement des énergies renouvelables et la maîtrise de la demande d’énergie en s’appuyant sur son expérience.
EDF dispose du premier parc hydraulique d’Europe. Notre filiale EDF Energies Nouvelles vise les 4 000 MW installés fin 2012, dont 500 MWc de solaire photovoltaïque. Elle vient également d’annoncer un partenariat avec le fabricant de panneaux solaires First Solar pour développer ensemble la plus grande usine de panneaux solaires implantée en France.
Nous travaillons par ailleurs avec les filières partenaires pour soutenir le développement de la pompe à chaleur ou générer des certificats d’économie d’énergie en promouvant des solutions énergétiques efficaces auprès des particuliers.
Ces atouts, EDF les fait vivre dans le contexte de l’ouverture du marché à la concurrence, qui a été généralisée le 1er juillet 2007 à l’ensemble des clients, et dans le respect de ses valeurs de service public.
Tout d’abord, une satisfaction : nous étions prêts le 1er juillet 2007 et tout s’est passé correctement.
L’évolution a ensuite été très progressive pour que les fournisseurs alternatifs atteignent, après deux années, une part de marché à hauteur de 12,4% pour les clients non résidentiels et plus d’un million de clients Particuliers.
Le rapport établi à la demande du Gouvernement éclaire les voies de l’évolution à venir. Une loi devra être votée par le Parlement pour mettre en œuvre la réforme.
Avec deux ans de recul, je veux vous faire part de ma conviction :
2. L’ouverture du marché ne se fait pas au détriment du service public, elle le renouvelle.
Bien sûr, le nouveau fonctionnement de ce marché, la séparation entre fournisseur d’énergie et distributeur, la filialisation d’ERDF ne sont pas encore compris par l’ensemble des Français.
Bien sûr, l’ouverture du marché a dans un premier temps désoptimisé nombre de procédures, de services, de structures, et a engendré une complexité mal vécue par les clients.
Mais je suis confiant car je suis convaincu que cette situation est transitoire. Des améliorations vont intervenir, elles sont déjà là : par exemple, une importante simplification des démarches administratives pour produire à partir d’installations solaires photovoltaïques, menée en coordination avec les associations de producteurs et les Pouvoirs Publics ; par exemple, l’arrivée d’un système d’information à ERDF qui facilite le suivi des demandes de raccordement et commence à porter ses fruits sur les délais et la satisfaction des clients.
En période de crise – nous avons tous en tête la tempête Klaus de janvier dernier -, il faut pouvoir mobiliser tous les acteurs, tous les moyens et avancer dans le sens de l’efficacité la plus immédiate. C’est ce qui a été fait. Les Français ne comprendraient pas qu’il en soit autrement.
Toutes ces améliorations en cours pour les clients sont indispensables car l’électricité est un bien vital.
Dans ce contexte, la Commission de Régulation de l’Energie a un rôle fondamental à jouer pour introduire, au bénéfice des clients, la souplesse nécessaire dans les règles du jeu et les procédures.
Plus globalement, tous les acteurs ont une responsabilité dans l’amélioration du système. Et EDF assume sa responsabilité particulière d’opérateur du service public.
Le Contrat de Service Public pour les années 2005-2007 entre l’Etat et EDF a fait l’objet d’un bilan positif. Il reste la référence en attendant le nouveau contrat en cours d’élaboration avec les services de l’Etat. Ce contrat prendra notamment en compte le Grenelle de l’environnement et les suites données aux travaux de la commission Champsaur.
Le service public, c’est l’accès à l’énergie et la solidarité. EDF accentue déjà ses actions à destination des clients démunis :
– Notre dotation au Fonds de Solidarité Logement a récemment été augmentée de 10% à hauteur de 22 millions d’euros. Elle concerne entre 200 000 et 300 000 ménages chaque année ;
– Plus de 800 000 clients sont désormais bénéficiaires du Tarif de Première Nécessité ;
– Le nombre de coupures d’électricité pour non-paiement a été divisé par 2 entre 2006 et 2008 ;
Pour cela, 350 collaborateurs spécialisés accompagnent les clients démunis et nous travaillons avec les Conseils Généraux et les principales associations concernées.
Le service public, c’est la proximité. L’ouverture du marché a conduit EDF à adapter son dispositif vers une approche multi-canal – téléphone, Internet, boutiques, points d’accueil – adaptée à chaque client en fonction de ses besoins.
Le nombre des accueils physiques du commercialisateur EDF a été maintenu depuis l’ouverture du marché. Ils se sont diversifiés pour s’adapter aux évolutions de la société : nouvelles boutiques Bleu Ciel proposant des services d’éco-efficacité énergétique, points services dans les bureaux de poste, relais de services publics, structures de médiation telles que les Point Information Médiation Multi-Services (PIMMS) …
Le service public, bien sûr, c’est aussi préserver la sûreté et l’avantage compétitif du patrimoine industriel d’EDF, qui permet à la France de disposer aujourd’hui d’un prix de l’électricité environ 30% moins cher que la moyenne européenne.
Pour cela, il faut investir. Il faut investir pour conforter l’avantage du parc de production nucléaire et hydraulique pour le consommateur français par rapport au fuel, au gaz et au charbon. Il faut investir pour sécuriser les réseaux et améliorer la qualité de fourniture d’électricité aux français.
C’est pourquoi, depuis 2004, les investissements du Groupe en France ont été multipliés par 2,5, en passant de 3 à 7,5 milliards d’euros. EDF est le premier contributeur au plan de relance de l’économie à hauteur de 2,5 milliards d’euros en 2009, créant ainsi près de 20 000 emplois directs et indirects chez ses sous-traitants.
Garantir le service public, c’est donc dégager les ressources pour que ces investissements indispensables soient réalisés.
Et l’intensification de la concurrence ne doit rien y changer.
A cet égard, une réforme est engagée par le gouvernement afin de mettre en place dès 2010 un système transitoire de régulation pour permettre à tous les fournisseurs d’électricité en France de s’approvisionner auprès d’EDF aux conditions économiques du parc nucléaire.
EDF est ouvert à la mise en place d’un tel dispositif, dont l’enjeu est d’assurer le développement de la concurrence tout en préservant dans la durée la sécurité d’approvisionnement, des prix qui reflètent la compétitivité du parc nucléaire et les tarifs réglementés de vente pour les ménages et les petites entreprises.
Pour atteindre ces objectifs :
1. Le dispositif doit avoir un caractère transitoire, et être donc clairement limité dans le temps et le volume d’énergie mis à disposition : il s’agit d’inciter les opérateurs concurrents à développer des outils de production compétitifs ou à nouer des accords industriels avec EDF et d’éviter un pur effet d’aubaine financier pour des acteurs dispensés de toute contribution à la sécurité d’approvisionnement et de tout risque industriel.
2. En outre, les mécanismes de fixation du prix de vente de l’électricité d’EDF à ses concurrents doivent assurer dans la durée le financement des investissements nécessaires pour garantir la performance et la pérennité de l’ensemble du parc de production.
Alors je vais répondre bien volontiers à la question posée par le Président de la FNCCR pour cette séance plénière : « Service public et développement international, quels arbitrages ? ».
La réponse est très claire pour EDF:
– il n’y a pas d’arbitrage entre le service public et le développement international ;
– en revanche, oui, il est nécessaire de faire les bons choix, tant en France pour préserver le service public dans la durée, qu’à l’international pour promouvoir les filières françaises et préparer l’avenir.
3. EDF n’exerce pas d’arbitrage entre le service public et le développement international
Cette affirmation découle d’un principe de gestion simple, et valable pour toutes les entreprises : chaque activité, quelle qu’elle soit, doit auto-financer ses investissements courants dans la durée ; en conséquence, l’endettement n’est durablement acceptable que pour financer les investissements de développement qui génèrent des revenus nouveaux.
Ce principe de gestion est clairement respecté pour les activités internationales d’EDF, qui représentent aujourd’hui près de 50% du chiffre d’affaires du Groupe. Elles sont le moteur de la croissance et du développement du Groupe.
Depuis 2005, les activités internationales d’EDF sont rentables dans tous les pays et s’auto-financent :
• Entre 2004 et 2008, le résultat opérationnel de l’international a progressé de près de 30% contre 6% en France.
• Sur la même période, le résultat net courant de l’international a progressé de près de 80% contre environ 40% pour celui de la France.
• Cette performance permet à l’international de génèrer des ressources supérieures à ce qui est nécessaire pour financer ses investissements de maintenance et de croissance organique : depuis 2006, la dette de l’international hors investissements de croissance externe a légèrement diminué. Cette tendance devrait globalement se poursuivre dans les années à venir.
• En particulier, je tiens à préciser que l’acquisition de British Energy au Royaume-Uni n’a pas coûté un centime aux consommateurs français. Elle a été financée par recours à l’emprunt et le cash flow opérationnel de British Energy couvrira dès cette année l’intégralité des frais financiers liés à la dette d’acquisition.
Le développement d’EDF à l’international ne se fait donc pas au détriment de ses activités en France, bien au contraire. Il est bénéfique, tant financièrement que stratégiquement.
La mise en service d’une série d’EPR à l’international est un enjeu majeur pour l’ensemble de la filière nucléaire française. Car si le standard de l’EPR ne s’impose pas, il sera bien sûr supplanté par ceux des concurrents. Or, l’énergie en général et la filière nucléaire en particulier sont des atouts majeurs pour l’emploi en France et pour son commerce extérieur.
Enfin, ce développement du nouveau nucléaire prépare l’avenir. Il permet de maintenir des compétences, des techniques, des savoir-faire dans la perspective du renouvellement du parc nucléaire français après 2020.
A l’inverse, les activités France ne s’auto-financent plus et s’endettent :
• En effet, comme je viens de l’expliquer, EDF est entré dans un nouveau cycle d’investissements en France. Ces investissements sont aux trois-quarts des investissements de maintenance courante, nécessaires pour assurer la sécurité d’approvisionnement de la France.
• En revanche, ils ne génèrent pas de revenu supplémentaire, à la différence des investissements de développement.
• En conséquence et malgré les efforts de productivité de l’entreprise, l’endettement de la France a augmenté de 80% depuis 2006, soit environ 4,5 milliards d’euros. Cette tendance pourrait se poursuivre voire s’accélérer dans les années à venir.
• Cette situation n’est pas soutenable longtemps et il nous faut examiner l’ensemble des leviers possibles sur les dépenses et sur les recettes.
4. Du point de vue d’EDF actionnaire, quelles en sont les conséquences pour les réseaux, et tout particulièrement pour ERDF ?
Des voix parmi vous ont exprimé la nécessité d’un plan d’investissements d’ERDF d’une ampleur considérable pour améliorer la qualité du réseau et faire face à des évènements climatiques similaires à la tempête Klaus de janvier dernier.
Je suis convaincu de la nécessité d’investir dans les réseaux : c’est pourquoi EDF a approuvé une augmentation des investissements d’ERDF d’un tiers entre la période 2006-2008 et la période 2009-2011. Elle permettra à ERDF de mener des politiques volontaristes pour améliorer la qualité de fourniture et sécuriser les réseaux.
Je reviens ici au principe de gestion évoqué pour l’international : les investissements sur les réseaux existants, qui ne génèrent pas de revenu supplémentaire, doivent être auto-financés par le régulé.
En tout état de cause, les provisions pour renouvellement d’ERDF ne sont pas de la trésorerie utilisable à tout moment pour financer de tels investissements. Il s’agit de valeurs comptables qui reflètent, concession par concession et ouvrage par ouvrage, l’engagement de renouvellement à bonne date des biens couverts par la provision.
Il n’y a là aucun trésor caché et nous respecterons nos engagements.
Aller au-delà de cette forte relance des investissements, c’est donc poser la question des revenus du tarif de réseau, le TURPE, et, puisqu’ils sont encore liés, des tarifs réglementés de vente afin de ne pas pénaliser les revenus des producteurs.
Devant cette assemblée, je voudrais surtout insister sur l’importance de l’ancrage territorial pour le Groupe et le service public en France.
5. Cet ancrage est indispensable face aux enjeux territoriaux présents et à venir.
Tous les métiers d’EDF ont des enjeux territoriaux majeurs : l’acceptabilité des ouvrages de production et des infrastructures de réseau, les retombées économiques de nos implantations, la sécurité d’approvisionnement en électricité, l’électricité comme bien vital, l’efficacité énergétique, la solidarité des hommes et des territoires.
L’ancrage territorial d’ERDF s’exprime avant tout dans la relation concessionnaire qui le lie avec les collectivités concédantes. Le commercialisateur EDF est partie prenante de cette relation et fortement impliqué au titre de la fourniture aux tarifs réglementés.
EDF souhaite préserver cette relation concessionnaire, en la rénovant avec la FNCCR et ses membres. En avril dernier, un accord portant sur les indicateurs de la concession a d’ailleurs été signé avec le Président Xavier Pintat.
Il me paraît essentiel de préserver les atouts actuels de cette relation :
– L’égalité d’accès au service public : ERDF fait en sorte de réduire les écarts de qualité qui subsistent entre urbain et rural ;
– La continuité du service public, notamment lors des évènements climatiques ;
– Une culture d’excellence et une expérience qui bénéficient à tous les territoires ;
– L’optimisation des organisations et des moyens, qui permet une maîtrise des coûts et concourt à la péréquation tarifaire ;
– Une péréquation tarifaire compatible avec la liberté pour le client d’exercer individuellement son éligibilité et de choisir son fournisseur.
Au-delà de la relation concessionnaire, EDF s’implique aux côtés des collectivités territoriales pour préparer l’avenir du système électrique français.
Cet avenir passe par le développement et l’intégration des énergies renouvelables, qu’elles soient centralisées ou décentralisées. Il passe aussi par des économies d’énergie. J’ai déjà évoqué l’engagement d’EDF en la matière. Dans les territoires, il se traduit par des contrats de performance énergétique proposés aux collectivités et aux bailleurs sociaux.
Cet avenir, c’est encore le développement des nouveaux usages de l’électricité. Ainsi, EDF se positionne comme l’acteur de référence pour les véhicules électriques. Fort de son expérience issue de la première flotte au monde de véhicules électriques avec 1500 véhicules, d’un centre d’essais et de compétences reconnues dans le domaine du stockage de l’énergie, EDF a développé des partenariats majeurs avec les plus grands constructeurs automobiles. Des expérimentations à grande échelle, qui permettront de tester les modèles économiques, vont prochainement débuter à Strasbourg, et bientôt sur Seine Aval.
Le succès passera bien sûr par le déploiement d’infrastructures de charge dans les espaces publics et surtout privés. EDF est convaincu que le plus efficace est de promouvoir l’initiative des collectivités territoriales pour l’espace public, afin d’accompagner le développement du marché au meilleur rythme.
Cet avenir, c’est enfin le développement des réseaux intelligents, dont l’expérimentation du compteur Linky par ERDF est un élément. Je suis convaincu que l’heure est venue pour systèmes électriques de franchir un saut technologique.
Demain, nous pourrons donner aux clients des informations précises sur les consommations de leurs équipements énergétiques et leur transmettre des signaux de prix dynamiques reflétant mieux les capacités des réseaux et des outils de production à satisfaire la demande. Ils pourront donc participer, par une consommation raisonnée, à l’équilibre entre l’offre et la demande.
Pour EDF, les enjeux sont l’amélioration du service public, la maîtrise des coûts, le potentiel de maîtrise de la demande d’énergie, la flexibilité dans la gestion de la courbe de charge, la diversification et l’innovation des offres commerciales.
EDF, comme sa filiale ERDF, a une relation ancienne et forte avec la FNCCR et ses membres, et plus largement avec l’ensemble des élus de notre pays.
Nous connaissons vos préoccupations, nous savons les nombreuses attentes qui sont les vôtres.
Le contexte change, EDF change, mais l’essentiel demeure. L’électricité est un bien vital, nos concitoyens attendent beaucoup de nous tous. Pour ne pas les décevoir, nous devons travailler ensemble. C’est avec vous que nous construirons le service public de demain.«