La Conférence environnementale n’a pas fait que des heureux. Petit tour de piste (pas forcément exhaustif). Avec quelques contents au milieu.

Les oubliés
Pas de transport amoureux pour la FNAUT qui « déplore le quasi-silence du gouvernement sur l’enjeu des transports : aucune proposition ou décision concrète concernant le transport collectif, les aménagements cyclables, le transport des marchandises, l’étalement urbain ou la fiscalité écologique des transports. ». Et rappelle ses propositions.

L’Association française indépendante de l’électricité et du gaz, tout en se félicitant des conclusions de la Conférence, a rappelé l’importance de l’hydraulique dans le mix énergétique (au regard de l’engagement français à atteindre 20% d’énergies renouvelables dans sa consommation d’énergie). Or, « le développement de l’hydroélectricité est aujourd’hui suspendu, faute de lancement de la procédure de renouvellement des concessions hydrauliques. » L’AFIEG appelle au lancement rapide de cette procédure: « le potentiel de développement, évalué à 3TWh lors du Grenelle, pourrait même atteindre 7 Twh d’après les professionnels du secteur,. »

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Les déçus
Le Réseau Action Climat a estimé que la conférence était un « rendez-vous manqué entre François Hollande et le climat ». Deux déceptions, souligne le RAC: la France ne s’est pas engagé dans « un objectif de -30% d’émissions gaz à effet de serre pour 2020 (pour rejoindre) le club des pays ambitieux (Allemagne, Royaume-Uni, etc) » et les transports restent le « parent pauvre de la transition énergétique. »

Et Greenpeace a estimé qu’il fallait « redescendre sur terre (…) à l’issue du discours de Jean-Marc Ayrault ». Pour l’association, des « mises au point urgentes » sont attendues, concernant Fessenheim, le nucléaire, les gaz de, schistes.

> Le discours de Jean-Marc Ayrault est en ligne ici.

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Les pros
Enerplan a affiché sa déception après que la conférence se fut terminée sans les « mesures d’urgence pour le secteur solaire » qui avaient été annoncées par la ministre de l’Environnement et de l’Energie. Néanmoins « le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, entend avec satisfaction l’appel de Jean-Marc Ayrault à un développement des énergies renouvelables reposant sur « un cadre réglementaire stable, transparent et favorable aux investissements ». » La conférence a également apporté « des réponses pertinentes pour le moyen/long terme au développement de l’énergie solaire en France, notamment par la voie du plan de rénovation énergétique des bâtiments. »

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Le juriste
Annoncée pour l’éolien, « la promesse de simplification devrait s’étendre à toutes les énergies renouvelables », estime arnaud Gossement, avocat. Cette « promesse de simplification du droit exprimée par le Premier ministre est bienvenue. Toutefois, comme cela vient d’être rapidement souligné elle présente aussi des risques. Il semble donc que l’avenir du droit applicable aux énergies renouvelables puisse de nouveau susciter des débats sans fin. Comment en sortir ? En s’interrogeant sur le bon niveau de réflexion. Qui n’est peut-être pas national mais bien plus sûrement européen. »

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Les corps constitués
Sur Fessenheim (« Nous n’avons pas d’alternative crédible dans l’hypothèse d’une fermeture accélérée de nos centrales nucléaires. ») et les gaz de schiste (« Mais nous ne devons pas fermer la porte aux recherches dans le domaine de l’énergie, y compris pour les gaz de schiste. Investissons au moins pour explorer. »), Bernard Thibault (CGT) a fait entendre sa différence dans le JDD, dimanche 16 septembre.

« Peu de vision, peu de décisions… »: la CFE CGC déplore que « le Président de la République et son Premier ministre éludent la question des moyens mis à disposition pour accompagner les salariés, les filières et les territoires qui seront touchés par cette transition énergétique. L’emploi et le social sont les grands oubliés de la conférence environnementale! L’évolution « verte » de notre économie passe par des signaux clairs en termes de prix et de perspectives. Elle nécessite, au niveau européen, la mise en place d’une contribution Climat énergie et la réforme du marché carbone. »

Quant à l’UFE (MEDEF), elle observe que « plusieurs points de vigilance apparaissent d’ores et déjà, certains étant critiques et partagés entre plusieurs acteurs (représentants des entreprises, représentants des salariés). » Et en retient trois: la participation au débat (qui? Comment?), le financement, la cohérence Europe, France, territoires.

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Les décodeurs
Delphine Batho est auscultée par Le Monde, via sa rubrique « décodeurs ». Du fact checking, mot anglais pour dire journalisme: « questionnée sur les gaz de schiste, Delphine Batho s’est réjouie de l’interdiction de leur extraction, confirmée vendredi 14 septembre par François Hollande, en ouverture de la Conférence environnementale. Pourtant, si le chef de l’Etat a bien exclu toute exploitation de gaz de schiste avec la technique de la fracturation hydraulique, il a laissé la porte entr’ouverte à d’autres techniques. Ce que Mme Batho a ignoré à plusieurs reprises. »

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Chantal Jouanno & Corinne Lepage
En quelques tweets, Chantal Jouanno a marqué sa différence, se réjouissant de l’annonce d’une agence de la biodiversité, recadrant un ancien collègue amateur de corrida, marquant le peu de chances qu’ont certaines propositions d’aboutir, smiley inclus, ou affichant sa déception: « Conclusions de la table ronde santé environnement. Très décevant. Rien. On propose même des actions qui existent déjà… « 

De son côté, Corinne Lepage a déclaré souscrire à ce qu’elle défend « depuis 20 ans », c’est-à-dire le « lancement de la transition écologique » ainsi que les modalités de son financement. Elle estime cependant que « la conciliation des énergies renouvelables et du financement du nucléaire n’est pas évidente » et que « le rejet des 7 permis d’extraction de gaz de schiste » n’épuise pas forcément le sujet. « D’ailleurs aucun élément concret n’a été donné sur la question de l’expérimentation. » Dans une interview au Monde, ce lundi 17 septembre, Arnaud Montebourg précise de fait que François Hollande a « condamné la fracturation hydraulique (…) mais pas le gaz de schiste en soi ».