Selon une source judicaire anonyme, citée par l’AFP, le parquet d’Aix-en-Provence aurait ouvert une enquête préliminaire, portant sur l’incident survenu sur le site du CEA à Cadarache (Bouches-du-Rhône). L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lui aurait transmis son procès-verbal: « Nous avons été saisis du PV de l’ASN, nous l’examinons et déciderons plus tard des suites à lui donner ».
En outre, le réseau « Sortir du Nucléaire » a annoncé ce vendredi 16 octobre avoir déposé une plainte contre X auprès du procureur de la République de Marseille « pour exploitation en non-conformité à la réglementation d’une installation nucléaire de base et mise en danger délibérée de la vie d’autrui ».
De leur côté, dénonçant des « incidents nucléaires à répétition », les parlementaires Verts, avec le soutien d’Europe-Ecologie, ont annoncé qu’ils demanderaient la semaine prochaine que soit créée une commission d’enquête parlementaire consacrée à la gestion du nucléaire en France. Les députés verts évoquent conjointement les fuites d’uranium constatées en 2008 sur le site de la centrale du Tricastin, la mise en examen d’EDF le 26 août dernier pour espionnage informatique de Yannick Jadot (Greenpeace), l’affaire des « déchets français abandonnés sur le site de Tomsk-7 en Sibérie » et l’incident de Cadarache.
Hier, sur RTL, Chantal Jouanno a jugé « inadmissible » que le gouvernement ait été informé si tardivement: «  »Il est totalement anormal que sur cette filière que l’on dit extrêmement contrôlée, on découvre que la comptabilité est mal tenue, qu’on ne sait pas exactement combien il y a (de plutonium) et surtout qu’on en soit informé si tardivement (…). Il est inadmissible que Jean-Louis Borloo n’ait pas été informé depuis juin (…). On va voir qui est responsable de quoi et ça permettra de savoir s’il faut que des têtes tombent ».
Par ailleurs, Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, a aujourd’hui confirmé que « le dossier (était) entre les mains de la justice. Nous attendons que la justice fasse la transparence ». Reprenant presque textuellement les mots de Jean-Louis Borloo, il a rappelé qu’en « matière de sûreté nucléaire, la transparence est une absolue nécessité. Il est inadmissible qu’il y ait la moindre défaillance dans ce domaine. »
La CGT a indiqué qu’elle ne pouvait que « que dénoncer ce manque de rigueur dans la gestion de cette matière nucléaire et la négligence dont ont fait preuve les exploitants en question » (…). Cet incident ainsi que la manière dont il a été traité, s’il n’a eu aucune conséquence sérieuse sur les salariés, les populations et l’environnement, est inadmissible ».

Quant aux différentes autorités du nucléaire français, elles « semblaient vendredi se renvoyer la balle sur leur responsabilité dans le retard mis pour signaler un surplus non-contrôlé de plutonium sur le site de Cadarache », observe l’AFP.
« C’est un mauvais procès que de dire qu’il y a eu trois mois de retard dans la déclaration », a affirmé vendredi sur place l’administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) Bernard Bigot, qui recevait la presse pour fêter les 50 ans du site. « Cette matière n’a jamais été perdue, jamais été ignorée », s’est-il défendu (…). Il y a bien eu une déclaration par voie téléphonique auprès de l’ASN régionale de Marseille de 7 minutes et demi en juin. Je l’ai fait vérifier hier », a affirmé M. Bigot. » Interrogé par l’AFP, un représentant de la CGT s’est dit « quand même un peu surpris que l’on puisse informer par un coup de fil alors que cela doit être un document écrit, traçable, selon les règles ».
Contactée par l’AFP, l’ASN n’avait pas répondu à ces accusations en milieu d’après-midi, vendredi.
Cerise amère sur le gâteau: « l’affaire a gâché l’anniversaire de Cadarache (…). Deux ministres attendus*, ainsi que le préfet, ont préféré ne pas se déplacer, ont indiqué des responsables sur place ».

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* Il s’agit de Christine Lagarde, ministre de l’Economie, et de Christian Estrosi, ministre de l’Industrie.