S’exprimant lors du dernier Womens’ forum, le 16 octobre, Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, affiche, en termes de recrutement, une politique favorisant les femmes (cf. l’extrait video ci-dessous): « A compétence égale, et bien, désolée, on choisira la femme. Ou l’on choisira la personne venant d’autre chose que… euh…, le mâle blanc, pour être clair ».
Ces propos suscitent ausitôt la colère du Bloc identitaire* qui « appelle au lancement d’un «Collectif des Mâles Blancs» et les invite « à appeler Areva pour demander des explications au sujet du dérapage de sa présidente »**. Sur le site Novopress***, le 20 octobre dernier, le Bloc identitaire propose à ses sympathisants d’appeler le standard d’Areva, en laissant le numéro de téléphone, mais aussi à saisir « les trois «hommes blancs» de (son) Directoire », sans oublier le directeur juridique et le service de presse, adresses mails à l’appui.
Un simple coup de buzz ?
Le 21 octobre, Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire, fait savoir qu’il a saisi le « Procureur de la République et (le) Doyen des juges d’instruction de Lisieux au sujet des propos tenus par la présidente d’AREVA lors de son passage à Deauville ». Estimant que ses « propos sont explicitement discriminatoires et racistes » et qu’ils tombent « clairement sous le coup de l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 », il demande à la « justice non seulement de rappeler le droit, même à une personnalité aussi puissante que Madame Lauvergeon, mais également de mettre fin à des faits qui sont de nature à constituer un trouble à l’ordre public sur l’ensemble du territoire où sont implantés des sites d’Areva ».
Hier, 29 octobre, Novopress reproduit un communiqué du « Collectif des Petits Actionnaires AREVA » qui fait le lien, sur le mode interrogatif, entre les propos d’Anne Lauvergeon et la baisse du titre de « 2.82% en une semaine ». Et ce « collectif » de demander, non pas la hausse du cours, mais « à Mme Lauvergeon de s’expliquer sur ses troublantes déclarations. Nous avons même le devoir de lui demander de renoncer à toute mesure discriminatoire ». Des actionnaires soucieux des embauches plus que du cours de leurs titres, voilà qui est rare. Et récent car ce « collectif » semble avoir été créé sitôt après le buzz du Bloc identitaire car on n’en trouve nulle trace auparavant.

Nous avons demandé à Areva si le groupe avait été effectivement saisi d’une plainte.

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* Présidé par Fabrice Robert, le Bloc identitaire est un récent parti politique. Pour en savoir plus, lire sur Rue89, l’article de Jean-Yves Camus: Le Bloc identitaire, nouveau venu dans la famille de l’extrême droite.
** Interrogé par l’AFP, Jacques-Emmanuel Saulnier, porte-parole d’Areva, a justifié la position d’Anne Lauvergeon en soulignant que 80% des salariés étaient masculins: « C’est un procès d’intention. La politique de la maison, c’est au contraire de faire en sorte que l’entreprise reflète la diversité de la société ».
*** Novopress a été créé par le Bloc identitaire.