L’Echo (quotidien économique belge) a mis en ligne le discours prononcé par Gérard Mestrallet lors du 130ème anniversaire du journal.
Le PDG de GDF Suez y fait part de ses inquiétudes concernant « la capacité de l’Europe à s’appuyer sur un mix énergétique compétitif », notamment au regard de la décision du gouvernement belge de sortir du nucléaire: « la lutte contre le changement climatique doit se faire au meilleur coût et pas à n’importe quel prix. Je crois même qu’il s’agit là d’une condition nécessaire à son succès. »
Gérard Mestrallet regrette en outre « et c’est sans doute (sa) principale source d’inquiétude – (que) le secteur de l’énergie conna(isse) une instabilité régulatoire extrême, qui découle tant des politiques communautaires que de celles des Etats. » Il indique que le groupe n’a pas été entendu, évoquant des décisions « prises unilatéralement sans concertation », renvoyant les politiques à leurs responsabilités: « peut-être figurons-nous parmi ceux qui auront eu à souffrir de la difficulté que la Belgique connaît quand il s’agit de former un Gouvernement ». avant de faire le « «constat attristé» que l’Etat Belge a renié sa signature ». D’où la décision de GDF Suez de faire valoir ses intérêts par « voie de droit ».
Extraits
« Or, de ce point de vue, la décision de sortir du nucléaire pour un pays comme la Belgique présentera cette caractéristique particulière de contrarier en même temps l’ensemble des objectifs poursuivis par l’Europe.
– D’évidence, elle touche la sécurité d’approvisionnement du pays, ainsi rendu plus dépendant encore des importations, celles-ci devenant plus aléatoires suite à la décision de l’Allemagne.
– Mais elle impacte aussi notre bilan CO2, puisque les unités appelées en 2015 à remplacer les centrales nucléaires mises à l’arrêt seront des unités renouvelables mais aussi des centrales thermiques qui, quelle que soit leur performance intrinsèque, présentent un bilan CO2 négatif face au nucléaire. Cessons de dire qu’on peut remplacer le nucléaire par des énergies renouvelables. C’est faux, notamment parce qu’elles sont intermittentes et souvent imprévisibles.
– Quant aux conséquences sur les prix de l’électricité, je ne me risquerai pas à une prévision. Plutôt à un constat : les centrales qui viendront en remplacement seront des centrales plus coûteuses. Quant à l’éolien, il ne vit que grâce à des subventions. Et on n’a jamais vu une augmentation des coûts de production se traduire en une baisse des prix. L’Allemagne nous l’a rappelé au printemps dernier.
Et, malheureusement pour certains sans doute, il nous faut tordre le cou à une ‘fausse bonne idée’. Non, il n’est pas possible de prolonger de quelques années seulement la durée d’exploitation des centrales, afin de permettre d’éventuels investissements dans des capacités de remplacement. »