Quelques jours après l’alerte Turpe, l’action EDF est à nouveau sanctionnée en bourse, perdant 2,59% à 13,925 euros, les investisseurs sanctionnant une nouvelle évaluation -à la hausse- du coût de fabrication de l’EPR de Flamanville (département de la Manche).

EDF a en effet annoncé « avoir relevé de 2 milliards d’euros son estimation du coût de la construction (…), portée à 8,5 milliards d’euros inflation comprise, en partie à cause des problèmes et retards subis par le chantier. Le géant français de l’électricité a en revanche maintenu le calendrier de mise en service de ce réacteur de 3e génération, tablant toujours sur un démarrage de la production en 2016. »

Cette réévaluation n’est pas la première. En juillet 2011, EDF avait annoncé un retard de deux ans pour un coût total de 6 milliards d’euros, contre 3,3 milliards initialement prévu. Un analyste d’UBS avait alors estimé le coût de production du MWh entre 70 et 75 euros (contre 46 initialement).
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En marge d’une conférence de presse, Delphine Batho a assuré ce mardi 4 décembre que le « calendrier d’une ouverture en 2016 » du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) serait « tenu », indique l’AFP. « Nous sommes maintenant dans une phase où 93 % des travaux de génie civil – du gros-œuvre – sont réalisés. » Elle a précisé que les chiffres publiés par EDF étaient un « élément de transparence ».

Les opposants au nucléaire ont rapidement réagi, ironisant sur le coût de production du MWh, à l’instar de Corinne Lepage lançant deux hashtags sur Twitter (#ToiaussichiffretonEPR et #EPRthon). Les tenants des énergies renouvelables ne se privent pas de comparer les filières. France nature environnement estime ainsi que le MWh se situe « aujourd’hui autour de 70 à 90 € le MWh, en cohérence avec les demandes d’EDF au gouvernement de la Grande Bretagne de lui garantir un tarif de rachat à 100€. Les éoliennes sont aujourd’hui à 85 €/MWh. Depuis longtemps, FNE explique que le coût du nucléaire augmentant et celui des énergies renouvelables diminuant, les courbes vont bientôt se croiser. » Certains déplorent, comme Denis Baupin, le « crash de la filière nucléaire de l’EPR : retards et surcoûts similaires en Finlande, imbroglios en Chine, incapacité à vendre l’EPR ailleurs, et conviction dorénavant partagée que si l’EPR était finalisé en France il serait le seul de sa génération : un prototype sans lendemain. » José Bové, député au Parlement européen, dit attendre « maintenant 2013 pour connaître les nouvelles estimations », considérant que ce « projet démentiel, ne tient pas la route au niveau financier. En un an les actions d’EDF ont plongé de 25%. Les investisseurs sont entrain de quitter le bateau. La dette d’EDF s’élève maintenant à 40 milliards d’euros. Au final qui va payer? »

Sur Twitter, Areva a précisé que « le coût du réacteur de Flamanville 3 n(n’était) pas représentatif du prix de nos réacteurs #EPR de série que nous proposons sur le marché. »

En savoir plus
Le quotidien Les Echos analyse les conséquences financières et industrielles de cette réévaluation: « la dérive des comptes de l’EPR , d’abord, n’est pas une bonne nouvelle pour le groupe, qui avait déjà prévu une stabilité de son Ebitda l’an prochain. Mettant en regard les 12 milliards d’euros d’investissements annuels d’EDF avec ces 2 milliards d’euros supplémentaires sur quatre ans, l’annonce « n’est pas de nature à changer notre enveloppe », a toutefois indiqué ce lundi Thomas Piquemal, directeur exécutif chargé des finances financier du groupe. Mais EDF s’attend à ce que son partenaire italien, Enel, qui possède 12,5 % de l’EPR de Flamanville, exerce le droit de sortie dont il dispose d’ici à la fin de l’année. EDF supporterait la totalité du coût du projet. »