L’hydraulique avec Enerproust, Moniteur de Gaulle et Bip-Zola.
Le Temps retrouvé
Alors, ce renouvellement des concessions hydrauliques, c’est pour quand, mmh? Ce 3 avril, les participants au petit-déjeuner débat BIP-Enerpresse trouvaient le temps bien long. Emmanuel Rodriguez, responsable achats d’énergie d’ArcelorMittal, attend un « vrai démarrage du processus, rappelant que « ça fait quand même deux ans que le train est parti »*. Frédéric de Manneville, président de Vattenfall France, est plus optimiste: « on sait que le ministère est au travail, on garde espoir », bien qu’en deux ans, d’avril 2010 à aujourd’hui, il ne se soit « pas passé grand chose ». Alors, Jean-François Perret, directeur de projets à E.ON France, exprime son impatience d’une métaphore nautique: « on est au bord de la piscine avec nos bouées de canards et on attend que le maître-nageur siffle pour commencer la course ». Avant de revenir sur les propositions que la DGEC devait transmettre au ministre de l’Energie avant la fin du premier trimestre (avec l’appui de quatre sociétés de conseils): « j’ai compris que les dossiers avaient été remis, ce qui ne signifie pas qu’ils aient été validés ». Jean-Baptiste Séjourné, directeur délégué de GDF Suez Énergie, sent, lui, une « nette accélération depuis le début de l’année ». Un projet de décret modificatif est attendu et Frédéric de Manneville espère qu’il « sera soumis (aux opérateurs) à brève échéance ».
Houhou y’a quelqu’un la DGEC? Son représentant, dans la salle, indique qu’elle ne peut s’exprimer publiquement, dans les quatre semaines précédant l’élection présidentielle, devoir de réserve oblige.
L’Appel
Mi-mars, les candidats ont transmis à l’administration leurs recommandations sur la procédure, indique Frédéric de Manneville, espérant qu’elle sera « rationnelle ». Exemple: le futur appel d’offres devrait être conçu pour éviter des études d’impact redondantes entre différents opérateurs. Il devra aussi corriger l’asymétrie d’informations entre concessionnaires sortants et les candidats à sa succession. Pour certains points, « on est déjà à un niveau d’alerte », estime-t-il. il faudrait obtenir « les données historiques de production et de débit, de tous les tronçons et centrales », le tout à un pas de temps « journalier et horaire ». Mais ces données seraient considérées comme sensibles par les sortants… « Nous respecterons scrupuleusement tous nos devoirs de sortants », précise Jean-Baptiste Séjourné. Avec un mot doux pour devinez qui: « GDF Suez est le deuxième acteur de l’hydraulique en France et remet en compétition 25% de sa production, mais c’est aussi 80% de la SHEM (vallée d’Ossau et Dordogne). On aimerait que ça concerne tous les acteurs de l’hydraulique en France à un même niveau ».
L’Argent
Seul élu présent lors du débat, Francis Courouau, conseiller général du canton d’Arudy (vallée d’Ossau) a évoqué le souhait des collectivités de voir s’établir un « partenariat avec le futur concessionnaire », qui pourrait éventuellement se traduire par la création d’une SEM. Fustigeant le député Michel Bouvard (et l’ANEM – « on a été cocus deux fois »), il entend récupérer une partie de la redevance spéciale (60 % pour l’État, 40 % pour le département, calculée sur le chiffre d’affaires et créée par la loi de finances 2012), sans y croire vraiment: « nous sommes des gens réalistes. Et je préfère qu’on investisse dans la vallée plutôt que de voir partir cette redevance dans les caisses de l’État et du département ». Car les opérateurs avaient entretemps douché ses ardeurs.
Si la concurrence est efficace, observe Frédéric de Manneville, « les marges de manœuvre de l’exploitant seront réduites. Les élus sont habitués à des redevances significatives, surtout en fins de concession où est dégagé un cash-flow important. Cela va changer… » Beat Deuber, directeur du marché français du suisse BKW, plaide pour une modulation des redevances « en fonction des vallées et des investissements… » Jean-François Perret évoque aussi « le ticket d’entrée » et les « indemnités de compensation » qui, dans certains cas « pourraient approcher le milliard d’euros. »
A cela s’ajoute l’absence de modèle économique pour les STEP (stockage d’énergie par pompage turbinage). Les opérateurs plaident pour un « marché de la réserve secondaire », à propos duquel des discussions seraient engagées entre l’UFE et RTE.
Euh, au fait
Ca coûte cher, ça rapporte peu… Alors, pourquoi un tel intérêt pour les concessions hydrauliques? « En France, il n’y a rien d’autre pour investir », lâche Frédéric de Manneville.
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* Oui, la SNCF aussi.
Crédit photo: Dogeed – Flickr