Nous publions ci-après un extrait de l’interview de Bernard Laponche, consultant, dans le dernier numéro de L’Usine à GES.
L’interview complète (et la lettre) est consultable ici.
« Que consomme-t-on de part et d’autre du Rhin ?
Bernard Laponche : En Allemagne, la principale source primaire est le pétrole brut (33 %) suivie du charbon et du gaz naturel (23 %), de l’uranium (11 %) et de la biomasse (8 %). En France, la principale source primaire est l’uranium (42 %), suivie des produits pétroliers (31 %), du gaz naturel (15 %), de la biomasse et du charbon (respectivement 6 % et 4 %). Plus surprenante, la contribution des énergies renouvelables est en Allemagne de 31,65 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), soit 10 % de la consommation primaire contre 8,2 % en France.
La France a bâti un système électrique centralisé. Est-ce efficace ?
Bernard Laponche : Pas vraiment. En France, la production d’électricité par habitant est supérieure de 16 % à celle de l’Allemagne, mais le Français n’a à sa disposition que 11 % d’électricité de plus que l’Allemand. À quoi cela est-il dû ?
Bernard Laponche : Aux pertes générées par le transport et la distribution, ainsi qu’aux consommations engendrées par la fabrication et le retraitement du combustible nucléaire. À elle seule, l’usine d’enrichissement de l’uranium d’Eurodif au Tricastin consomme 5 % de l’électricité française ! Finalement, pour mettre à disposition 1 kWh d’électricité finale, il faut 2,97 kWh d’énergie primaire en Allemagne et 3,31 kWh d’énergie primaire en France.
Si l’on s’intéresse aux énergies renouvelables, j’imagine que les performances françaises sont encore en deçà des allemandes…
Bernard Laponche : Effectivement. Pour se chauffer et produire de l’électricité, l’Allemagne consomme 25 Mtep de biomasse, contre 14,6 Mtep pour la France. Incroyable, si l’on se souvient qu’en 1991 la France consommait trois fois plus de biomasse que sa voisine pour produire de l’énergie ! Pour la production d’électricité l’Allemagne avait installé, en 2009, 26 GW éoliens contre 4,5 GW en France et 10 GW de photovoltaïque contre 0,3 GW chez nous.
Comment expliquez-vous de telles divergences ?
Bernard Laponche : Tout simplement par l’importance, la cohérence et la continuité dans le temps des politiques publiques allemandes de soutien à l’électricité renouvelable, qui est considérée comme une activité industrielle et commerciale à part entière. »
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Play it ag’Haydn, Sam!