Sortir, accélérer, réduire, prolonger… Relancée par l’accident de Fukushima-Daiichi, la question du nucléaire civil s’invite dans la campagne présidentielle. Au Parti socialiste, Martine Aubry souhaite une réduction puis une sortie du nucléaire, François Hollande une réduction. Pour EELV, le sujet devrait faire partie d’un accord de gouvernement, comme l’avait indiqué Denis Baupin, lors du forum BIP- Enerpresse à Deauville.
A La Rochelle, pour l’Université d’été du PS, Greenpeace a enfoncé le clou, en déployant une banderole de 6 mètres sur 10 sur laquelle on pouvait lire “85% des électeurs du PS pour la sortie du nucléaire… Et vous ?“.
Enfin, pour Cap21, l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage a appelé les divers partis politiques à organiser dans le cadre de la campagne présidentielle, un débat sur une possible sortie du nucléaire de la France.
Du côté de la majorité, le soutien au nucléaire est quasi-unanime, observait François-Michel Gonnot, député (UMP) de l’Oise, lors de ce même forum Bip-Enerpresse. Et il ajoutait : Le débat, « je l’attends. A droite, on va commencer à rigoler et à gauche à travailler…. »
D’où peut-être le « beau coup politique » (La Tribune) d’Eric Besson, ministre de l’Energie, qui annonce ce 6 septembre la création d’une commission d’experts pour plancher « sur plusieurs scénarios énergétiques à horizon 2050, en intégrant notamment un recul du nucléaire. L’objectif politique est clair : « la question énergétique, et en particulier le nucléaire, seront au coeur de la campagne présidentielle. Il n’est pas question de laisser dire n’importe quoi. Cette commission va étudier précisément les conséquences de différentes pistes évoquées », explique l’entourage du ministre. Une manière de baliser les discours de certains candidats sur un éventuel retrait du nucléaire ».
La commission examinera donc plusieurs hypothèses: prolongation de la « durée de vie du parc actuel, accélération du passage à la 3e, voire à la 4e génération nucléaire, (…) possibilité d’aller vers une sortie progressive du nucléaire à horizon 2050 voire 2040, ou vers une réduction progressive de la part du nucléaire », précise l’AFP.
Baptisée « Energies 2050 », cette commission devra rendre ses conclusions « dans le courant du mois de janvier ». Elle sera présidée par Jacques Percebois (photo), professeur d’université. On y trouvera aussi Claude Mandil, anciennement directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Jean-Marie Chevalier, professeur à l’Université Paris-Dauphine, Jean-Marc Jancovici, consultant, Christian de Perthuis, ancien chef de la mission climat de la Caisse des dépôts et des consignations, Colette Lewiner, Cap Gemini, l’économiste Christian de Boissieu et l’ancien PDG de Gaz de France et d’EDF, Pierre Gadonneix.
Des personnalités guère réputées pour leur hostilité à l’atome. La Tribune estime que « la contradiction pourrait venir des ONG qui doivent participer à cette commission : Cler, FNE, FNH, Greenpeace, NégaWatt, réseau Action Climat, Sauvons le Climat, UFC Que Choisir, WWF. Les syndicats sont également conviés ainsi que des fédérations d’entreprises (Association française du gaz, UFE, Ufip …) et des représentants d’organismes comme l’Ademe ou l’AIE. »
Actualisé, mardi 9 septembre à 15h00: les associations Negawatt et Greenpeace ont annoncé qu’elles ne participeraient pas à cette commission (cf. commentaires ci-dessous).