L’évolution de la situation de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi est particulièrement confuse, ce lundi 28 mars. Hier, après avoir annoncé un taux de radioactivité dix millions de fois supérieur à la normale, Tepco est revenu sur ses déclarations, indiquant s’être trompé dans les produits analysés (confusion entre l’iode 134 et le cobalt 56). Le seul chiffre maintenu était celui d’un taux de 1000 millisieverts par heure. Une erreur due à la fatigue selon le gouvernement japonais mais qui reste « inexcusable ».
Tepco estime désormais que ce taux de radioactivité est 100.000 fois supérieur à la normale (Kyodo).

> Ce matin, lors d’une conférence de presse, Tepco a fait état d’un très fort taux de radioactivité dans l’eau à proximité du réacteur n° 2: (« Reuters Top News / FLASH: Nuclear operator Tokyo electric says high radiation water found outside no.2 reactor »).

« En définitive, observe Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir, la seule annonce qui semblait à peu près fiable était celle d’un débit de dose de radioactivité mesuré dans la centrale à «1000 millisieverts par heure». Autrement dit 1 sievert par heure. (Rappelons que si un individu prend 1 sievert d’un coup, ici en une heure, il présente déjà un «syndrome d’irradiation aiguë. Cela ne fait qu’empirer s’il prend 2 sieverts ou encore plus. A 6 sieverts, la mort est certaine). Cela montre, à tout le moins, l’immense difficulté qu’il y a à mener, en ce moment sur place, les opérations de sauvetage qu’il faut absolument pratiquer pour que la catastrophe n’empire pas! »
> Dominique Leglu met également en ligne une présentation Powerpoint d’Areva (analyse faite par le Dr Matthias Braun, spécialiste de chez Areva Allemagne) de cet accident nucléaire.

Le gouvernement japonais a indiqué que le coeur du réacteur n° 2 pourrait avoir partiellement fondu, ce qui expliquerait le très fort taux de radioactivité détecté dans l’eau.

Ce lundi, un taux d’iode 131 1.150 fois supérieur à la limite légale a été observé dans des échantillons d’eau de mer prélevés à environ 1,5 km au large des réacteurs 5 et 6 (des réacteurs a priori stables) et 2.000 fois supérieurs à la normale au large des réacteurs 1 à 4 (là encore, ces chiffres sont à considérer avec prudence, car ils varient d’une source à l’autre…). Le gouvernement précise que cela ne présente pas de risque pour la santé puisque la pêche est interdite dans un périmètre de 20 km autour de la centrale.
A la demande du gouvernement, Tepco doit désormais stocker l’eau radioactive et cesser de la rejeter en mer. Cela pourrait retarder encore davantage la remise en marche des circuits de refroidissement. Il manque en effet de la place pour stocker ces centaines de tonnes d’eau

Contamination
Outre l’eau de mer, l’eau potable cobntinue de susciter des inquiétudes. Le « ministère japonais de la Santé a demandé aux usines de distribution d’eau sur tout le territoire de cesser de recueillir l’eau de pluie, afin d’éviter d’éventuelles contaminations par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima. Le ministère a par ailleurs ordonné durant le week-end aux distributeurs d’eau et aux stations d’épuration de recouvrir leurs réservoirs d’une bâche afin de les isoler de possibles retombées de radioéléments. Ils doivent par ailleurs cesser de puiser l’eau des rivières juste après des précipitations. »

Des résidents auraient décidé de braver le risque de contamination en retournant dans la zone évacuée (20 km autour de la centrale).

Selon le gouvernement japonais, le séisme et le tsunami auraient coûté la vie à au moins 10.600 personnes, tandis que 16.500 autres sont toujours portées disparues. Et 250.000 personnes vivent dans des centres d’hébergement…

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Fukushima-Daiichi et la France
Selon Eric Besson, interrogé ce matin à RTL, « Tepco, pour la première fois, je m’en réjouis (…), a demandé l’appui des industriels français concernés, en la circonstance EDF, Areva et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique, ndlr). C’est une bonne nouvelle qu’ils le fassent ». Le ministre a qualifié la situation de « critique ». La semaine dernière, EDF avait annoncé l’envoi de robots susceptibles de remplacer l’homme en cas d’accident nucléaire. Tepco avait décliné cette proposition.

Selon La Tribune, Areva préparerait son introduction en bourse. « Le moment n’aurait pu être plus mal choisi, avec l’accident de Fukushima qui glace le monde entier en commençant par le secteur nucléaire », indique le quotidien, mais « Areva n’a pas choisi ce calendrier. La cotation d’actions du groupe avant le 30 juin 2011 est une des conditions que le fonds souverain du Koweït (KIA) a imposées afin de garantir une liquidité aux 4,8 % du capital d’Areva qu’il a achetés en décembre dernier. Si ce calendrier n’est pas respecté, l’État français s’est engagé à racheter à KIA sa participation, à un prix au moins égal à celui qu’il a payé, soit 600 millions d’euros ».

Selon la CRIIRAD, « le niveau réel de la contamination » présenté par l’IRSN est probablement sous-évalué, en raison de la méthode d’analyse employée: « concernant l’Europe, l’incidence de cette question sur l’évaluation des risques est très limitée. Au Japon en revanche les conséquences pourraient être graves ».