L’Institut de radiprotection et de sûreté nucléaire et l’Autorité de sûreté nucléaire ont rendu publics de nouveaux points de situation concernant les réacteurs nucléaires au Japon suite au séisme du 11 mars. Ces points de situation a été établi ce 17 mars, à 6 heures (heure française) pour l’IRSN et 10h pour l’ASN.

L’ASN rappelle que « la priorité est de refroidir le combustible dans le cœur des réacteurs n°1, 2 et 3, ainsi que d’apporter de l’eau aux piscines des réacteurs n°3 et 4. »

Dans le détail, l’IRSN estime que la piscine du réacteur n° 3 est passée en ébullition. Les largages d’eau par hélicoptères ont fonctionné (« l’absence de panache de vapeur au-dessus du bâtiment laisse penser que l’opération a été
efficace) mais l’IRSN estime que « cela ne permet que de retarder très légèrement la dégradation de la situation. L’IRSN suspecte une perte d’étanchéité de la piscine ».

S’agissant de la « piscine du réacteur n°4, l’IRSN indique qu’elle « est également passée en ébullition ».
> Les autorités américaines estiment qu’il n’y a plus d’eau.
« La puissance à évacuer est élevée, environ 3 MW. Des largages d’eau par hélicoptères étaient prévus vers 10h00 heure locale (02h00 heure de Paris le 17 mars). Il semblerait que le survol par hélicoptère ait permis de constater que cette piscine contenait de l’eau. Ceci aurait conduit à un largage de deux poches supplémentaires d’eau sur la piscine du réacteur n°3. Cette information reste cependant sujette à caution ».

S’agissant des réacteurs eux-mêmes, l’IRSN constate, pour chacun d’entre eux, que « la salle de commande est très irradiante, limitant le temps de présence des intervenants. » De son côté, l’ASN indique « l’exposition au rayonnement des travailleurs sur le site reste préoccupante. »

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Le communiqué intégral de l’IRSN.

« Situation des réacteurs nucléaires au Japon suite au séisme majeur survenu le 11 mars 2011

Point de situation du 17 mars 2011 à 06 heures

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Centrale de Fukushima I (Daiichi)
Depuis le précédent point d’information du 16 mars 2011 à 19h00 sur la situation de la centrale de Fukushima Daiichi, les informations obtenues par le centre technique de crise de l’IRSN permettent d’établir l’état suivant des installations.

Etat des piscines
Les quantités d’assemblages combustibles présents dans les piscines des réacteurs 1 à 4 sont confirmées (respectivement 292, 587, 514, 15001 assemblages). L’IRSN a évalué la puissance thermique (chaleur) à évacuer de chacune d’elle. Des moyens de pompage mobiles (canons à eau anti-émeute) sont en cours d’acheminement mais n’ont pas encore été utilisés.
L’exploitant TEPCO pense rétablir une alimentation électrique dans l’après-midi.

Piscine du réacteur n°1
Il semble qu’il n’y ait pas d’ébullition. La puissance à évacuer est relativement faible (0,3 MW).

Piscine du réacteur n°2
Il semble qu’il n’y ait pas d’ébullition.

Piscine du réacteur n°3
Selon les calculs de l’IRSN, la piscine est passée en ébullition. Des largages d’eau par hélicoptères ont eu lieu vers 10h00 heure locale (02h00 heure de Paris le 17 mars). Environ 7,5 tonnes d’eau ont
été lâchées à chaque passage mais une part importante de l’eau n’a probablement pas atteint sa cible. L’absence de panache de vapeur au-dessus du bâtiment laisse penser que l’opération a été
efficace. Cependant, cela ne permet que de retarder très légèrement la dégradation de la situation. L’IRSN suspecte une perte d’étanchéité de la piscine.

Piscine du réacteur n°4
La piscine est également passée en ébullition. La puissance à évacuer est élevée, environ 3 MW. Des largages d’eau par hélicoptères étaient prévus vers 10h00 heure locale (02h00 heure de Paris le 17 mars). Il semblerait que le survol par hélicoptère ait permis de constater que cette piscine contenait de l’eau. Ceci aurait conduit à un largage de deux poches supplémentaires d’eau sur la
piscine du réacteur n°3. Cette information reste cependant sujette à caution.

Piscine du réacteur n°5
La température de l’eau de cette piscine augmente lentement. Le niveau d’eau est contrôlé.

Piscine du réacteur n°6
Cette piscine est refroidie suite à la mise en oeuvre de groupes électrogènes diesels supplémentaires. Le niveau d’eau est contrôlé.
Piscine de désactivation commune du site Cette piscine contiendrait de l’ordre de 6200 assemblages. Bien que la puissance unitaire dégagée par ceux-ci soit nettement plus faible que celle dégagée par les assemblages présents dans les piscines des réacteurs, ils doivent néanmoins être également refroidis.
L’IRSN ne dispose pas d’information sur l’état de cette piscine et n’a pas pu faire d’estimation de délai avant découvrement des assemblages.

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Etat des réacteurs

Réacteur n°1
Selon l’exploitant, 70% du coeur du réacteur serait endommagé. L’injection d’eau de mer dans la cuve serait maintenue afin d’assurer le refroidissement du coeur qui reste cependant partiellement dénoyé. L’eau contenue dans la cuve se décharge dans l’enceinte de confinement via une soupape.
L’enceinte de confinement est maintenue intègre. Des dépressurisations de l’enceinte de confinement sont réalisées. Chaque ouverture entraîne de nouveaux rejets de produits radioactifs dans l’environnement.
La partie supérieure du bâtiment réacteur a été soufflée par une explosion. La salle de commande est très irradiante, limitant le temps de présence des intervenants.

Réacteur n°2
Selon l’exploitant, 33% du coeur du réacteur serait endommagé. L’injection d’eau de mer dans la cuve est maintenue afin d’assurer le refroidissement du coeur qui est maintenant sous eau.
L’enceinte de confinement est endommagée, toutefois il ne semble pas que l’étanchéité soit remise en cause (la pression à l’intérieur du bâtiment étant fluctuante). De ce fait, des dépressurisations
de l’enceinte de confinement sont prévues. Chaque ouverture entraînera de nouveaux rejets de produits radioactifs dans l’environnement.
La salle de commande est très irradiante, limitant le temps de présence des intervenants.

Réacteur n°3
Le coeur du réacteur est partiellement endommagé. L’injection d’eau de mer dans la cuve serait maintenue afin d’assurer le refroidissement du coeur qui reste cependant partiellement dénoyé. La vapeur produite dans la cuve au contact du combustible s’évacue dans l’enceinte de confinement qui semble toujours étanche. Des dépressurisations de l’enceinte de confinement sont réalisées.
Chaque ouverture entraîne de nouveaux rejets de produits radioactifs dans l’environnement.
La partie supérieure du bâtiment réacteur a été soufflée par une explosion. La salle de commande est très irradiante, limitant le temps de présence des intervenants.

Réacteur n°4
La partie supérieure du bâtiment est endommagée. La salle de commande est très irradiante, limitant le temps de présence des intervenants.

Réacteurs N°5 et 6
L’IRSN n’a pas d’information sur la présence de combustible dans le coeur du réacteur.

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Centrale de Fukushima II (Daini)
Réacteurs n° 1, 2, 3, 4
Sur ce site, les réacteurs n° 1, 2, 3 et 4 ont atteint les conditions d’arrêt normales (appelées « arrêt à froid »). Aucune dégradation du combustible n’a eu lieu sur ces réacteurs.

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Centrales d’Onagawa et de Tokai
Il n’y a pas d’élément particulier à signaler. »

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Le communiqué complet de l’ASN

« Séisme au Japon
L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.
Évolution préoccupante des piscines d’entreposage du combustible usé des réacteurs n°3 et n°4.

Réacteur de Fukushima

Le 16 mars, les mesures d’évacuation de la zone des 20 km autour de la centrale ont été mises en œuvre et les autorités japonaises ont maintenu la demande de mise à l’abri de la population dans un rayon de 30 km. Pour rappel, le survol de cette zone avait été interdit le 15 mars.

La priorité est de refroidir le combustible dans le cœur des réacteurs n°1, 2 et 3, ainsi que d’apporter de l’eau aux piscines des réacteurs n°3 et 4. Différents moyens ont été envisagés pour l’appoint en eau des piscines et sont en cours de mise en œuvre : largage d’eau par hélicoptère, intervention par camion citerne.

L’exploitant TEPCO a annoncé qu’il essaierai de rétablir dans les prochaines heures l’alimentation électrique par une ligne à haute tension.

Les opérations de décompression volontaire des enceintes conduisent toujours à des rejets radioactifs.

L’exposition au rayonnement des travailleurs sur le site reste préoccupante.

La radioactivité relevée par les balises de mesure à Tokyo reste faible et ne nécessite pas d’action particulière de protection des populations.

I – Point de la situation sur les piscines d’entreposage du combustible

L’ébullition de l’eau de la piscine des réacteurs n°3 et 4 a eu lieu. Une intervention par hélicoptère a été mise en œuvre pour assurer l’appoint en eau. Une intervention par camion citerne est envisagée pour assurer l’appoint en eau de ces piscines.

Le dénoyage du combustible peut conduire à une dégradation des gaines du combustible. Les autorités japonaises ont indiqué que des rejets radioactifs sont susceptibles d’être émis directement dans l’atmosphère.

L’ossature des bâtiments où se situent les piscines des réacteurs n°3 et 4 est fortement endommagée.

Un générateur électrique du réacteur n°6 a pu être préservé à la suite du tsunami. Celui-ci permet une certaine alimentation en eau des piscines des réacteurs n°5 et 6 en vue du maintien de leur refroidissement. Une légère augmentation de la température de l’eau des piscines entreposant le combustible est observée.

II – Point de la situation des réacteurs n°1, 2 et 3

Le combustible des réacteurs n°1, 2 et 3 est partiellement endommagé et a en partie fondu. Le refroidissement de chacun des réacteurs par injection d’eau de mer se poursuit.

L’enceinte de confinement du réacteur n°1 est restée intègre après l’explosion survenue sur ce réacteur. Les enceintes de confinement des réacteurs n°2 et 3 sont potentiellement endommagées.

Les réacteurs n°1, 2 et 3 avaient été automatiquement mis à l’arrêt lors du séisme. «