François Dauphin, expert international énergie/climat, nous a fait parvenir une tribune libre, consacrée au moratoire du tarif d’achat de l’électricité d’origine photovoltaïque.

————-
« Energie Solaire : après la pluie viendra le beau temps

Après avoir tenté de mettre vainement un terme à l’emballement du marché du photovoltaïque, le gouvernement vient de lui porter le coup de grâce en publiant une treizième réglementation en un an. Celle-ci institue un moratoire de 3 mois sur toutes les nouvelles autorisations et à annule la majorité des permis actuels … prélude à la publication d’une quatorzième réglementation qui visera cette fois à s’assurer que l’on ne dépasse pas les objectifs en matière d’électricité verte. Au-delà de ce que l’on ne peut qualifier que de fiasco, la crise actuelle du secteur photovoltaïque apporte des enseignements particulièrement utiles.

Premier point positif, il convient de noter que les technocrates qui aujourd’hui mettent en avant le dépôt ahurissant de gigawatts de demandes de raccordement sont les mêmes qui, il y a moins de 5 ans, clamaient haut et fort que le photovoltaïque ne pouvait produire que des quantités insignifiantes d’énergie. Aujourd’hui, ils sont démentis par les faits et il leur a fallu exploiter d’autres arguments (celui des coûts et du déficit de la balance des paiements).

Le développement de ces technologies est d’ailleurs si important qu’il se heurte déjà dans les îles à la capacité du réseau à absorber ce volume massif de production délocalisée. Le distributeur Guadeloupéen impose ainsi des obligations de délestage qui rendent économiquement non viables les investissements photovoltaïques. Cet événement n’est hélas nullement anticipé par les distributeurs qui n’ont d’ailleurs aucun intérêt à réaliser ces investissements. Développer l’énergie verte impose d’accroitre nos capacités à stocker l’énergie ou à la délester. La loi Nome, en imposant aux fournisseurs de développer les capacités d’effacement, fait un pas dans ce sens. La technologie thermodynamique offre heureusement dès aujourd’hui une solution complémentaire intéressante.

Par ailleurs, si les particuliers ont démontré une capacité à adopter massivement de nouvelles technologies dans le domaine des loisirs (Iphone, DVD, …) rien ne permettait de penser qu’il pouvait en être de même pour des technologies de production d’énergie. Alors même que l’humanité est confrontée à la plus grande révolution énergétique de son existence, ce phénomène est particulièrement positif. Il s’apparente à l’adoption massive des Prius en Californie initié par les stars de cinéma. On peut même s’enhardir à penser que l’achat de moyens de production d’énergie verte sera massif pour autant qu’ils servent d’éléments de différentiation sociétale et qu’il soit économique fondé. Un argument que les directions du marketing devront prendre en considération car ce sera précisément le cas de l’énergie solaire dans moins d’une génération.

Les différents spasmes de la crise ont aussi obligé les différents acteurs à tomber les masques. Bien avant que la crise ne devienne politique, les professionnels étaient confrontés à une résistance massive des technostructures et au premier rang d’entre elles les préfectures et ERDF. Concernant cette dernière on ne peut qu’être sidéré par l’intervention du président de la CRE lors de sa dernière audition au parlement. Il expliquait qu’il avait basé ses prévisions de mise en ligne de toitures solaires sur ce qu’ERDF était en mesure de connecter … alors même que son rôle est justement de s’assurer qu’ERDF connecte l’ensemble des toitures avec une qualité de service irréprochable. Pendant ce temps les régies municipales d’électricité, elles, se sont adaptées et connectent dans les temps ce qui montre tout l’intérêt de la décentralisation y compris dans le monde de l’électricité.

Par ailleurs, l’aspect pléthorique de l’administration française est de nouveau révélée par la crise du photovoltaïque. Toutes les administrations ont jugé utiles de donner leur point de vue sur ce qu’il convenait de faire ou non. La DGAC ira même jusqu’à produire, après de long mois, ses propres préconisations pour les zones aéroportuaires … les seules à ce jour en Europe.

Nous devons tirer les conséquences de ces événements. La participation des riverains au financement et la délocalisation des décisions ont permis aux Nordiques d’adopter massivement des systèmes invasifs comme les éoliennes. Le développement de sociétés coopératives ou mutualistes permettra d’éviter que le gouvernement ne continue de qualifier de spéculateurs des professionnels dont beaucoup n’œuvrent que pour l’avenir de leurs enfants. Les collectivités locales peuvent mettre en œuvre le second volet en se saisissant de l’opportunité des plans énergie climat. Et un jour, peut-être, viendra aux collectivités locales l’idée de prendre définitivement à leur compte la thématique de l’énergie.

François Dauphin
Expert international énergie/climat »