Après le Grenelle 2, l’éolien est-il menacé? L’association Amorce (via son club Cléo – Collectivités locales éoliennes) a relayé les inquiétudes d’élus locaux engagés dans des projets de parcs éoliens, projets que menacerait l’adoption du projet de loi portant engagement national pour l’environnement (Grenelle 2). « C’est inadmissible qui se passe », a indiqué Serge Nocodie, vice-président d’Amorce, mettant en avant « les élus de terrain qui agissent pour les énergies renouvelables », à la différence de « ceux qui, au Palais-Bourbon, tuent l’éolien ».
Serge Nocodie s’est félicité du succès de la manifestion en faveur de l’éolien (le 4 mai dernier), notamment de la présence de nombreux élus dans le cortège.
De son côté, Jacques Pallas, maire de Saint-Georges sur Arnon, indique que comme élu local, depuis qu’il a lancé son parc éolien communal, il n’a « jamais eu autant d’habitants formulant des demandes de permis de construire ». Mieux: sa commune voit sa population augmenter. Il souligne que « lorsqu’on interroge la population, 90% des Français y sont favorables ».
Or, estime-t-il, la filière éolienne est menacée en raison de trop nombreux textes administratifs (radars, aéroports, monuments historiques, lignes haute tension…). « Il ne faut surtout pas que le schéma régional soit opposable au schéma départemental », conclut-il. Le risque serait que cet outil régional soit un « outil centralisateur, ce qui permettrait au Préfet de dire il y aura de l’éolien ici et pas là », complète Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce. Jusqu’à présent, les ZDE permettaient d’identifier les zones favorables, les zones neutres et les zones d’exclusion. Avec les schémas régionaux, « on risque d’avoir des zones minimalistes »… D’autant plus qu’un « projet de moins de 5 machines n’aura pas de permis de construire ». Avec une contradiction à la clef: recentraliser les décisions « en retirant les pouvoirs aux territoires (avec aussi la fin de la taxe professionnelle) au motif que les territoires ne sont pas forcément prêts à accepter les éoliennes ». Aujourd’hui, monter un projet c’est un « parcours du combattant de 5 ou 6 ans pour les élus », renchérit Jacques Pallas.
Un procès prématuré des schémas régionaux? « On a vu des schémas… La première carte qui est sorti pour Paca, il faut regarder à la loupe pour trouver des zones favorables: il n’y aura rien », affirme l’élu de l’Indre. Qui donne un autre exemple, celui de la « ZDE de Clion-sur-Indre, qui a déjà été acceptée mais qui figure en zone rouge sur le schéma régional ».
Les élus d’Amorce évoquent également les menaces en termes d’emplois que représente le nouvel encadrement législatif de l’éolien, faisant part de licenciements « probables ». Un regret au moment , rappelle Serge Nocodie, l’éolien est à l’origine de 60.000 emplois en Espagne, 100.000 en France et qu’il n’y a « aucun constructeur en France (…). En une année, la Chine a installé 13.800 mégawatts »… Et « Areva ou EDF achètent leurs machines à Vestas »..
Le Grenelle 2 est-il figé? La commission mixte paritaire devra se pencher sur le texte. « Compte tenu de sa composition (pour ce qui en est connu aujourd’hui) », Amorce ne nourrit guère d’espoirs de voir soutenue la filière éolienne: « On ne compte pas beaucoup sur les députés pour combattre un texte qu’ils ont eux-mêmes votés », déplore Nicolas Garnier. Observant qu’il y a beaucoup d’élus urbains dans ces représentants. Et qu’ils sont plus souvent opposés à l’éolien que les élus ruraux.
Amorce prévoit une lettre ouverte au Gouvernement, signée par « une multitude d’élus ». Et Serge Nocodie de faire part de sa perplexité: « voilà une industrie qui est soutenue par Greenpeace, le WWF, la LPO, l’Ademe, le ministère de l’Ecologie, EDF, Areva, la FEE… Tous ceux-là disent qu’il faut développer l’éolien. Et on le bloque… Le quota des 23% ne sera pas atteint. Peut-être que la France aime payer des amendes à Bruxelles? »
A savoir
L’association Amorce, qui compte 600 adhérents, vient d’éditer un guide de l’éolien à destination des élus en coopération avec l’Ademe.