Il y a un an, le 24 janvier 2009, la tempête Klaus privait 1,7 millions de foyers d’électricité. Quelques jours après, les 9 et 10 février, une autre tempête, dite Quinten, qualifiée de «forte mais non exceptionnelle» par Météo France, provoquait 900.000 interruptions de service.
Beaucoup d’articles dans la presse quotidienne régionale du sud-ouest saluent cet anniversaire, indiquant qu’ERDF « a retenu les leçons de la tempête ». Le concessionnaire s’engage en effet à enfouir davantage les réseaux électriques. Dans les Pyrénées-Atlantiques, il est ainsi fait état d’un « plan très significatif » visant à investir en trois ans (2009-2010-2 011) 10 millions d’euros conduisant à « une longueur totale d’enfouissement de 127 kilomètres de lignes, (ce qui) devrait sécuriser l’alimentation de quelque 100.000 abonnés basques ».
Dans les Landes, Alain Siberchicot, qui était déjà président du Syndicat départemental à l’équipement des communes (SYDEC), indique que les élus ont « obtenu l’engagement formel d’ERDF d’enfouir les lignes moyenne tension. « On fait un point tous les six mois pour voir si le rythme est tenu ». Le président du SYDEC souhaite « qu’il y ait désormais au moins un point d’électricité dans chaque village quoi qu’il arrive ». Selon ERDF, la part de réseau moyenne tension enfoui devrait passer de 43 à 56%, d’ici 2011. Ce lundi 24 janvier, Michel Francony, président du directoire d’ERDF, est en déplacement dans les Landes, accompagné du représentant de son actionnaire unique, EDF, Henri Proglio. Ils doivent être reçus par Henri Emmanuelli, président du Conseil général, qui souhaite qu’ERDF procède à « l’enfouissement de 372 kilomètres de lignes électriques moyenne tension pour sécuriser le réseau ».
Cependant, les investissements d’ERDF restent inférieurs aux besoins nécessaires à la sécurisation du réseau. Conséquence de la chute des investissements d’EDF puis ERDF dans les années 2000, de l’ordre d’un milliard d’euros par an, une forte dégradation de la qualité est perceptible. Le temps de coupure moyen a augmenté de façon spectaculaire ces dernières années. Hors événements exceptionnels, on compte 56 minutes de temps de coupure en 2004, 60 en 2005, 72 en 2006, 66 en 2007, 78 minutes en 2008. Ces chiffres nationaux ne donnent qu’une idée partielle de la qualité: dans certains départements, ils sont inférieurs (22 minutes pour un Parisien ou un habitant du Val-de-Marne, 51 pour un Aubois), tandis que, pour d’autres, ils s’avèrent sensiblement supérieurs: 366 minutes pour les habitants de l’Ardèche, 650 pour ceux de la Haute-Loire et…. 2.131 minutes pour ceux qui résident en Lozère (chiffres 2008). En raisons des tempêtes Klaus et Quinten, le bilan 2009 devrait marquer une nouvelle et forte dégradation de la qualité moyenne, comme en témoigne le bilan d’étape du premier semestre rendu public par ERDF en août dernier. Ainsi, les Landes affichent un temps de coupure moyen par abonné basse tension de 4.111 minutes, tandis qu’avec 3.008 minutes (plus de 50 heures), le Gers arrive en deuxième position, le Lot-et-Garonne affichant 1.102 minutes , les Pyrénées-Orientales (960 minutes, très largement imputées à RTE), le Tarn-et-Garonne (791 minutes), la Dordogne (763 minutes), la Gironde (760 minutes), les Pyrénées-Atlantiques (580 minutes), l’Ariège (542 minutes), le Tarn (526 minutes), l’Aude (496 minutes)…
Les propositions de la FNCCR
Aujourd’hui, ERDF enfouit les réseaux de distribution existant à hauteur de 1% par an. La FNCCR estime qu’il faut aller plus loin. La FNCCR demande une reprise significative des investissements, pour sécuriser les réseaux avec un plan d’investissement de 8 milliards d’euros en 8 ans. Ce plan vise notamment l’éradication des fils nus, techniquement les plus vulnérables ainsi que l’enfouissement ou le déplacement des lignes aériennes HTA situées en zone boisée.
Surtout, ces investissements devront être déclinés à l’échelle de chaque concession avec l’autorité concédante concernée qui devra les valider pour son territoire.
Ce plan d’investissement représente un effort financier significatif mais réaliste: la FNCCR préconise de le financer par le Turpe (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), les provisions pour renouvellement constituées par ERDF, les taxes sur l’électricité, auxquels pourraient s’ajouter des efforts supplémentaires d’ERDF et des collectivités.
En savoir plus
> Cliquez ici pour consulter le compte rendu de la séance plénière « Sécurisation des réseaux face aux risques climatiques, où en est-on? » (congrès FNCCR, 22 septembre 2009);
> Cliquez ici pour consulter l’étude technique du cabinet Hauet consacrée à la fragilité des réseaux publics de distribution d’électricité face aux risques climatiques majeurs;
> Cliquez ici pour consulter les temps de coupure moyens de l’année 2008, département par département.