Après le Figaro magazine, dont le reportage avait agité beaucoup de claviers (cf. notre actu du 9 février 2008 et lire aussi la réponse de Planète éolienne), c’est au tour du Monde, via son magazine, de partir en guerre contre les éoliennes. « Eoliennes, un vent de révolte se lève », titre le supplément du quotidien, en date du 28 novembre. Suivent 8 pages de reportage consacrées aux « maudits du vent ». Entendez: ceux qui vivent à proximité des éoliennes et souffrent de « stress, nausées, insomnies, vertiges, irrascibilité, dépression… Les témoignages s’accumulent de façon troublante ». Le Monde qualifie cette fronde des opposants de « mouvement de résistance ». L’abbé Roze s’indigne face aux « truands (et) businessmen » qui font « signer des promesses de baux ».
Ici le témoignage de Noëlle, qui fait état d’un « bruit infernal de partout ». Elle habite sur le plateau d’Ally, à la frontière de la Haute-Loire et du Cantal: « Si je vais à la forêt, là-bas dans les arbres, cela peut démarrer d’un coup comme un ronflement d’avion! La vérité, c’est qu’elles me font peur! ».
Le quotidien dresse un portrait dramatique de ceux qui font état « d’une vie confisquée, du deuil d’une terre qui était la leur, avec ses bourrasques de vent. » Et décrit la « tension et les problèmes d’oreilles » de cette « femme qui ne veut pas dire son nom par peur des représailles de l’équipe municipale pro-éolien ». Climat de terreur sur le plateau d’Ally? Le journaliste ne craint pas la caricature: un acheteur potentiel de terrain, par crainte des éoliennes, a fui « jusque dans le Jura… »
D’un point de vue santé, l’article met en cause « la nuisance sonore, les infrasons – ces bruits si bas qu’ils ne sont pas perceptibles à l’oreille humaine mais dont les vibrations auraient une action invisible sur l’organisme – et l’effet stroboscopique » (cf. la vidéo de joseph784159, M. Royer, ci-dessous). « M. Royer est allé en justice deux fois, il a été débouté deux fois », note un industriel, qui estime que « les gens n’entendent pas le bruit, ils l’écoutent).
André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables*, déplore un « phénomène Nimby tout à fait classique », tandis qu’Antoine Foucher directeur des campagnes de Greenpeace, observe qu’on « ne s’embarrasse pas d’autant de considérations quand il s’agit d’installer des lignes à haute tension à partir des centrales nucléaires ». Et la santé? « On nous parle de cas particuliers qui ne font pas un cas général. On est dans l’indétectable au niveau épistémiologique ».
Laurent Carpentier, le journaliste du Monde, regrette l’abandon du « principe de précaution » par les écologistes (« sacrifié sur l’autel du réchauffement climatique »), mettant en avant la cosignature « sans états d’âme aux côtés des lobbys industriels (de) toutes les mesures nécessaires à faire passer l’éolien en force »**.
Après la santé, Clochermerle. Dans l’Aveyron, les agriculteurs font monter les prix. Jean-Pierre et Henri ont obtenu 6.000 euros par éolienne et par an (contre 2.000 à 3.000 euros d’ordinaire). Puis on leur a proposé le double, 12.000 euros. « Mais on n’en a pas voulu… Pourquoi? Parce qu’avant, on ne savait pas…. » Ils ne savaient pas le bruit, l’écrasement du paysage, mais surtout la guerre entre voisins et la perte de valeur de leurs terrains s’ils s’avisaient un jour de vouloir les revendre… » Dans les villages, pros et antis s’opposent violemment. « L’éolien, c’est la guerre dans les campagnes. C’est la corruption qui nous gangrène », résume sobrement Jean Marty, agriculteur, ancien responsable de la FNSEA.
De cet article à charge, qui invite, pour en savoir plus, à consulter les études défavorables de l’Institut Montaigne et le site Suivi éolien vérité, on pourrait dire qu’il reprend, avec 18 mois de retard, celui de Martine Betti-Cusso dans le Figaro magazine. On pourrait estimer aussi qu’il n’y a guère de raison de se focaliser sur les éoliennes alors qu’il y a aussi des opposants au nucléaire ou aux centrales combinés à gaz. On pourrait suirtout dire que, pour être tendance, voire avant-gardiste, Le Monde aurait pu évoquer la non-acceptabilité sociale des centrales photovoltaïques.
——–
* Appelé la « très lobbyiste association d’André Antolini ».
** En force? L’encadrement très strict des implantations d’éoliennes résiste difficilement à cet argument…
———
Bruit et effet stroboscopique