Le Meeddm a récemment mis en ligne le rapport de la seconde phase consacré à l’évaluation du coût des impacts du changement climatique et de l’adaptation en France (partie III – rapports des groupes sectoriels). Le rapport du groupe énergie débute en page 126 et se conclut en page 172 du document PDF). 
De quoi s’agit-il ? « La mission confiée au groupe thématique « Energie et impacts du changement climatique » était de recenser et évaluer les impacts du changement climatique sur les différents aspects du système énergétique de France métropolitaine, aux horizons 2030, 2050 et 2100 ». Ce travail met en avant l’impact plus que significatif du réchauffement climatique sur les besoins en production de foid (climatisation) et ses conséquences pour la production et acheminement d’électricité.

Par-delà une « tendance à la baisse de la demande d’énergie à l’échelle nationale annuelle » (les simulations figurent pages 144 à 146 pour le gaz, le fioul et l’électricité), cette synthèse fait apparaître des besoins croissants en termes de climatisation (dans les logements et dans l’automobile) avec, pour conséquence, « une tendance à l’augmentation des contraintes offre/demande d’énergie électrique en période de forte chaleur ». Traduction: la demande de pointe pourrait, à terme, se situer en période estivale. Dans le détail, le réchauffement climatique touchera à la fois la demande (« les évènements de chaleur extrême plus fréquents entraîneront des pics de consommation nécessitant une gestion adaptée et souvent difficilement prévisible » à l’image de la canicule de 2003) et l’offre d’énergie (« les variations de précipitations et le réchauffement des eaux de surface se traduiront par une évolution des sources d’approvisionnement hydroélectrique et de refroidissement des centrales électriques »). Le rapport s’avère cependant peu disert quant à l’impact sur la production de la moindre disposition des ressources en eau (p. 130), soulignant que « sur le cas du refroidissement des centrales électriques, peu de données précises existent ».
Huit scénarios (complémentaires) d’adaptation ont été retenus :
– développer des technologies de refroidissement de l’air,
– améliorer les procédés de refroidissement des centrales énergétiques (avec, à la clef, une évolution de la réglementation sur les rejets thermiques),
– rendre les installations énergétiques plus robustes aux extrêmes climatiques (à noter que le surcoût d’investissement « n’a pas pu être estimé par le groupe en raison du manque de données chiffrées »*),
– généraliser les systèmes de gestion des tranches,
– renforcer les outils de modélisation de l’offre et de la demande en fonction du climat,
– affiner le processus de gestion de crise,
– identifier les structures sensibles à la remontée du niveau de la mer,
– faciliter le développement d’un cadre bâti et d’un urbanisme réduisant la demande d’énergie, notamment celle de climatisation.

On notera aussi la perspective d’une « baisse des capacités de transit dans les ouvrages du réseau de transport électrique », liée à une température ambiante plus élevée, rendant le refroidissement moins efficace. Le rapport ne chiffre cependant pas la perte d’IMAP**. L’impact d’une redistribution de la population sur le territoire national en raison du réchauffement climatique « n’a pas été pris en compte car il débordait du champ de l’économie constante ». Il en est de même pour les neiges collantes et aussi « l’effet des tempêtes qui avait été considéré dans la première phase comme un impactant potentiel du changement climatique (…). En effet, les données pour la France métropolitaine ne mettent pas en évidence, en l’état des connaissances actuelles, une augmentation de la fréquence de ces évènements en lien avec le changement climatique. Les modélisations actuelles prévoient une hausse de ces évènements en lien avec le changement climatique uniquement pour l’Europe septentrionale et pour les zones intertropicales. Dans le contexte métropolitain, aucun élément robuste ne permet donc de bâtir un scénario d’augmentation de fréquence des vents violents. On rappellera qu’il y a des objectifs d’enfouissement des lignes de réseau électrique à l’heure actuelle : cette mesure peut être considérée comme une mesure d’adaptation sans regret. Néanmoins, ayant déjà été planifiée pour des motifs non exclusivement liés au changement climatique, on ne l’a pas intégrée dans notre calcul de coût de l’adaptation ».

Et la clim’ alors?
L’étude part, pour le résidentiel, d’un scénario à la Californienne: « pour l’équipement des bâtiments, l’hypothèse retenue par le groupe est celle d’une poursuite en France des tendances de climatisation des pays européens limitrophes et plus chauds (Espagne et Italie) jusqu’en 2050, puis un scénario de développement de la climatisation plus soutenu de 2050 à 2100, équivalent à celui de la Californie en 2007 ». Si la consommation d’un climatiseur est estimée environ à 500 kWh par foyer et par an, celle-ci « devrait vraisemblablement augmenter avec la hausse des températures », le groupe statuant sur une « hypothèse prudente de consommation moyenne unitaire par climatiseur de +50% soit 750 kWh/an ».
Et, là, les chiffres commencent à glacer: « Le développement spontané de la climatisation à l’image des voisins méditerranéens de la France et des USA à plus long terme entraînerait une forte hausse de la consommation estivale des ménages. Cette hausse se produira spécifiquement sur la période chaude avec une valeur annuelle moyenne équivalente à 0,5Mtep en 2050 et 1,0Mtep en 2100. Cette hausse correspond uniquement au secteur résidentiel. Le manque de données n’a pas permis d’estimer l’impact sur le tertiaire et l’industrie. Le chiffre annuel à l’horizon 2100 (11,1TWh) uniquement pour le résidentiel signifierait toutefois une multiplication par 5 de l’appel de puissance pour refroidissement. Cet appel de puissance principalement en période chaude mobiliserait l’équivalent de quatre réacteurs nucléaires de nouvelle génération durant les 3 mois de chaleur ». Si vous y ajoutez les besoins en climatisation des véhicules, vous arrivez à 3 Mtep…
Augmentation de la consommation intérieure, achats coûteux sur le marché spot, perte de production nucléaire pour respect de la réglementation…: la canicule de 2003 a coûté 300 millions d’euros à EDF, estime l’entreprise. Par extrapolation, « en 2100 le coût associé aux évènements caniculaires de type 2003 serait de 15,3 milliards d’euros dans le scénario «sans adaptation à économie constante» » – ou encore une perte cumulée de 270,3 TWh (pp. 155-156).

Cliquez ici pour télécharger le rapport (attention document PDF de 231 pages).
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* Dans le détail, cela donne ceci: « Le secteur énergétique estime aujourd’hui être préparé à faire face à d’éventuelles nouvelles vagues de chaleur, mais il est malgré tout difficile d’avoir des données très précises sur les coûts des mesures d’adaptation opérées:
• beaucoup de ces données sont protégées par le secret industriel;
• plusieurs opérateurs ont déjà intégré ces coûts dans leurs schémas actuels de fonctionnement et ne les considèrent plus comme des coûts d’adaptation;
• les coûts d’adaptation des futurs ouvrages pour résister aux canicules seraient difficiles à individualiser du coût global : le respect des normes actuelles inclut déjà une partie de ces surcoûts »
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** IMAP: l’intensité maximale admissible en permanence correspond à l’intensité maximale à laquelle un ouvrage peut être exploité sans limitation de durée.