La production d’énergie et son transport sont rarement les bienvenus. On parle d’acceptabilité sociale et, après les barrages dans les années 1950, le nucléaire dans les années 1970, c’est l’éolien – et avec quelle virulence parfois! – qui a pris le relais ces dernières années du syndrome Nimby. Sans oublier les lignes à très haute tension (Pyrénées, Paca, aujourd’hui la Mayenne…), les terminaux méthaniers et les centrales à cogénération.
Finalement, hormis parfois quelques puristes de l’architecture, une seule source d’énergie semblait recueillir tous les suffrages: le photovoltaïque. Autant le dire: on guettait avec gourmandise les premiers signes avant-coureurs du refus. On imaginait le jour où, à l’instar de ceux que les éoliennes rendaient sourds, certains se plaindraient de myopie ou de cécité lorsque des panneaux solaires leur renverraient une lumière aveuglante. On appelle ça du mauuvais esprit.
Voici que la contestation sociale du photovoltaïque naît, soudain, là où on ne l’attendait guère. Merci à Sud-Ouest de nous faire part du refus d’une centrale solaire à Bazas (Gironde) par… les agriculteurs.
Le motif est celui de l’occupation des sols par une centrale. « cette idée a soulevé un tollé général, mercredi soir, au cours d’une réunion publique à laquelle on comptait une centaine de personnes. L’association Les Amis de la Brèche a souhaité ouvrir le débat au moment où l’on parle d’un projet d’installation de panneaux au sol couvrant plusieurs hectares et va (sic) geler des terres agricoles et forestières ». La révision simplifiée du Plan d’occupation des sols (POS) prévoit en effet de réserver « 250 hectares de terrain classés en zone agricole au sud de la commune » pour les énergies renouvelables, expliquent les détracteurs du projet. Tandis que la mairie relativise la surface allouée aux Enr: « Il n’est pas question d’installer 250 ha de panneaux photovoltaïques. Affirmer le contraire, comme certains s’y évertuent, est un mensonge et une manipulation des esprits. Personne n’aura obligation de poser des panneaux. In fine, cela doit concerner un peu plus d’une vingtaine d’hectares. Aucun feuillu n’est touché, pas plus qu’une surface cultivée et surtout aucune palombière ».
Et pourtant les oppositions sont nombreuses, qu’il s’agisse d’agriculteurs à la recherche de terres cultivables, d’un ingénieur à l’Inra qui prévient que « l’artificialisation des terres aura un impact sur le bilan carbone » ou bien de la société de chasse: « Je promets la honte au maire s’il ose mettre la tenue du paloumayre, le jour du chapitre annuel », s’emporte son président, Jean-Louis Riflade.
Vocabulaire
On notera l’utilisation du qualificatif « industriel » pour (dé)qualifier le photovoltaïque. Comme ailleurs « l’éolien industriel » est voué aux gémonies, le « photovoltaïque industriel (…) nous sommes contre », explique Jean-Claude Leroy, de la Confédération paysanne, car « le Grenelle de l’environnement introduit d’autres possibilités ». Le caractère industriel est également discrédité par son caractère « démentiel et démesuré », des adjectifs fréquemment accolés aux fermes éoliennes. Même dénonciation aussi de l’argent corrupteur, comme l’exprime Philippe Barbedienne, directeur de la Sepanso, qui met « en garde les propriétaires qui se laisseraient tenter par les sirènes de l’argent : «Qui peut croire qu’EDF va revendre son électricité six fois plus chère qu’elle ne l’a produit? Et qu’est-ce que les collectivités en attendent, sinon de grapiller des petits profits?» ».
Tout est prêt pour la création d’une association Soleil de colère.
———–
Lors de son congrès à Annecy, la FNCCR organise une table-ronde consacrée à l’acceptabilité sociale (23 septembre). Présidée par Ladislas Poniatowski, sénateur de l’Eure, elle permettra notamment de confronter les approches de RTE, GDF Suez, Poweo…
Crédit photo: SolaireDirect.